D’ingénieur dans l'aéronautique à développeur freelance

Saison 1 • Épisode 3 34:03

Dans cet épisode, je suis avec Romain Crestey pour parler de son parcours. S'il ne se destinait pas à être développeur à la base, il exerce aujourd'hui ce métier en tant que freelance. 

Il nous raconte comment il a découvert la programmation et ce qui l'a poussé à changer de carrière. 

Avec Romain, nous avons aussi parlé de bore-out, du syndrome de l’imposteur, de l'organisation du temps et de la recherche de client. 

Bonne écoute !

Interview réalisée par @nivdul

Transcription de l'épisode

Ludwine : Bonjour à tous et à toutes et bienvenue. Vous écoutez les podcasts Human Coders. Dans chaque épisode, j'invite un ou des développeurs pour parler de techno, de pratiques de développement ou tout simplement de sujets en lien avec l'informatique. Au programme également, des parcours de dev qui, j'espère, vous inspireront. Aujourd'hui, je suis avec Romain Crestey. Dans cet épisode, il raconte comment il est devenu développeur après avoir découvert la programmation dans son premier boulot de calculateur chez Dassault. On a aussi parlé de bore-out, du syndrome de l'imposteur et de son expérience de développeur freelance. Bonjour Romain.

Romain : Bonjour.

Ludwine : Est-ce que tu peux te présenter ?

Romain : Je m'appelle Romain Crestey. Je suis développeur freelance depuis deux ans et demi, principalement en front-end web. Je travaille pour tout type de clients : des agences de presta, des clients solo ou des boîtes classiques qui ont besoin de développement.

Du calcul de structures à la programmation

Ludwine : Pourquoi as-tu décidé, il y a deux ans, de quitter ta boîte et de passer freelance ?

Romain : J'ai changé de vie il y a plutôt cinq ans maintenant. À la base, j'ai un parcours universitaire classique : prépa, école d'ingénieur. Je m'étais orienté vers la mécanique des structures. J'ai commencé ma carrière il y a bientôt dix ans chez un sous-traitant de Dassault Aviation à Mérignac, près de Bordeaux. Je ne faisais pas du tout de web, j'étais dans l'ingénierie industrielle classique. Je faisais des calculs d'éléments finis sur des fuselages et des voilures d'avion.

Mon travail consistait à prendre une structure, la découper en petits morceaux, définir les matériaux et les liens entre les éléments, puis appliquer des charges pour voir comment la structure se déforme. On recevait énormément de résultats dans des fichiers qu'il fallait ensuite traiter pour faire des rapports.

Ludwine : C'est là que tu as découvert le code ?

Romain : Oui. À l'époque, il y avait quelques routines en Fortran pour extraire les résultats, mais c'était très léger. Beaucoup de choses se faisaient à la main et ça m'a vite gonflé. Je n'étais pas du tout développeur dans l'âme à ce moment-là, mais j'ai commencé à étudier le code Fortran pour automatiser tout ça. Après quelques mois, j'avais créé une chaîne de calcul où je n'avais plus rien à faire. J'appuyais sur deux boutons et ça générait toutes mes courbes automatiquement. Je m'étais rendu "inutile".

Le phénomène du bore-out

Romain : Je me suis retrouvé sans travail et j'ai fait ce qu'on appelle un bore-out. C'est l'inverse du burn-out. On pense souvent que c'est une chance d'être payé à ne rien faire, mais en réalité, c'est très démotivant. Se lever le matin pour faire une heure de bus, s'asseoir sur une chaise et ne rien produire de la journée, c'est dur. J'ai commencé à faire des crises d'angoisse la nuit. C'est là que je me suis dit que ce n'était plus possible. J'avais découvert un intérêt pour la programmation et je voulais en faire mon métier plutôt que de rédiger des rapports de calcul.

Ludwine : Comment as-tu géré ton départ ?

Romain : J'ai obtenu une rupture conventionnelle. J'en avais discuté avec ma hiérarchie plusieurs mois auparavant. Mon chef était très compréhensif. Il a compris que je n'avais plus rien à faire dans cette société. C'était en 2014. C'était un peu effrayant parce que je partais vers l'inconnu. Je savais un peu coder en Fortran, mais je n'avais aucune idée de ce qu'était le développement "classique".

L'apprentissage et le réseau bordelais

Ludwine : Comment t'es-tu formé ?

Romain : Au début, j'ai eu une phase de décompression. Pendant trois mois, je n'ai rien fait de constructif, je profitais de ma liberté. Mais il a fallu construire ma nouvelle vie. Je suis allé dans un espace de coworking à Bordeaux qui s'appelle le Node. C'est un espace dédié au numérique. Il y avait des designers, des community managers et quelques développeurs.

J'y suis allé en mode : "Je ne sais rien faire, vous faites quoi ?". Il y avait deux développeurs, Alex et David, qui étaient très ouverts. Ils m'ont montré le JavaScript, m'ont expliqué comment faire des sites et des animations. Comme j'avais du temps et que j'étais au chômage, je leur ai proposé de les aider gratuitement sur leurs projets pour apprendre. C'est comme ça que j'ai appris, sur le tas, avec de vrais projets et de vraies personnes. C'est très différent de l'e-learning seul devant son écran. Pour moi, avoir quelqu'un à qui poser des questions, c'est essentiel.

Ludwine : Cette phase d'auto-apprentissage a duré combien de temps ?

Romain : Environ six mois. Au bout de cette période, Alex et David m'ont proposé d'intégrer leur société. Ils avaient monté une petite boîte qui faisait du web. Comme ça se passait bien humainement et techniquement, ils m'ont associé.

Le syndrome de l'imposteur

Romain : Malgré mon diplôme d'ingénieur, je me sentais comme le "petit nouveau" qui ne savait rien faire. J'avais vraiment le syndrome de l'imposteur. J'entendais des gens parler technique, je ne comprenais pas la moitié des mots. Je me demandais toujours si je devais avouer que je ne savais pas ou faire semblant.

Ludwine : C'est un sentiment que beaucoup de développeurs connaissent.

Romain : Oui, et je pense qu'il vaut mieux être honnête. Les gens préfèrent qu'on dise "je ne sais pas" plutôt que de s'en rendre compte trois semaines plus tard. Poser des questions, c'est le premier pas pour être moins "nul". Il ne faut pas hésiter à avouer son ignorance.

Ce syndrome s'est atténué avec le temps, mais il a bien fallu un an et demi ou deux ans avant que je me sente vraiment à l'aise. Après deux ans dans cette société, j'ai décidé de partir en freelance.

La réalité du freelancing

Ludwine : Pourquoi avoir quitté ton CDI pour le freelancing ?

Romain : C'était lié à mes relations avec mes associés de l'époque, on n'était plus trop d'accord sur la direction à prendre. Je me suis lancé seul car je n'avais pas envie de retrouver un emploi salarié classique. J'avais déjà goûté à une certaine flexibilité.

Ludwine : Comment as-tu trouvé tes premiers clients ? C'est souvent la grande crainte quand on se lance.

Romain : En freelance, il faut être conscient qu'on n'a pas du travail tout le temps. C'est normal. Au début, j'étais un peu seul, je ne connaissais pas bien le milieu. Mais finalement, sans m'en rendre compte, j'avais constitué un réseau pendant mes deux années précédentes. Je suis allé à des meetups (comme les Human Talks), à des conférences. Twitter est aussi une source d'emploi incroyable pour les développeurs. En demandant à droite à gauche, on finit par trouver une première mission, puis une deuxième.

Ludwine : Tu utilises des plateformes comme Malt ?

Romain : Personnellement, non. Je sais que ça marche bien pour certains, mais j'ai eu la chance d'avoir un réseau suffisant. Pour quelqu'un qui n'a pas du tout de réseau, ces plateformes sont un bon moyen de se lancer car elles référencent énormément de clients. Le monde du développement a cette chance d'avoir besoin de beaucoup de main-d'œuvre. Si on est motivé, on trouve.

Organisation et équilibre de vie

Ludwine : Comment t'organises-tu au quotidien ? Tu travailles à distance ?

Romain : Ça dépend du client. Certains demandent du présentiel dans leurs locaux pour intégrer les équipes. Ça ne me dérange pas car je sais que c'est temporaire. Sinon, je mixe entre le travail chez moi et les cafés en centre-ville à Bordeaux. Je ne vais plus trop en coworking.

Le plus dur en freelance, c'est l'organisation du temps. En salarié, on ne se pose pas la question, on va au bureau. En freelance, il faut se motiver tous les jours. Je n'ai pas de routine fixe. Si j'ai une deadline, je reprends un rythme de salarié classique (9h-19h). Si je n'ai pas de mission ou que le projet me laisse du temps, je peux décider de ne pas travailler un jour ou de prendre des week-ends prolongés.

Ludwine : C'est un des grands avantages.

Romain : Oui, j'ai beaucoup plus de temps pour mes passions. Je dessine beaucoup, je fais de la danse, je voyage. En salarié, je n'aurais jamais pu faire ça. Le manque de visibilité financière peut être un point négatif, mais quand on comprend que ça fait partie du jeu et qu'on facture plus cher pour compenser les périodes creuses, ça devient presque agréable de ne pas savoir ce qu'on fera dans trois mois.

Conseils pour ceux qui hésitent

Ludwine : Quel conseil donnerais-tu à ceux qui n'osent pas sauter le pas ?

Romain : Faites-le ! Dans mon entourage, presque tous ceux qui se sont lancés ne le regrettent pas. J'ai des amis qui ont tout lâché, même avec des enfants et un crédit maison, pour partir en voyage ou changer de projet. Personne ne regrette d'être parti d'un CDI s'il y avait une envie profonde derrière.

Le plus gros obstacle, c'est la peur. Et la peur ne peut être résolue que par soi-même. Tout le monde n'est pas fait pour le freelancing, il faut être capable de prendre des initiatives et de gérer l'incertitude. Mais même si on essaye et que ça ne marche pas, ce n'est jamais une mauvaise expérience sur un CV. Tenter un projet pendant un an ou deux, c'est toujours valorisé.

Ludwine : Merci beaucoup Romain d'avoir partagé ton parcours. J'espère que ça en inspirera plus d'un.

Romain : Merci à toi.

Ludwine : J'espère que cet épisode vous a plu. N'hésitez pas à venir en discuter sur notre blog ou à nous suivre sur les réseaux sociaux. À très bientôt pour un nouvel épisode !

Informations sur l'épisode
Date de publication
Saison
1
Épisode
3
Durée
34:03
Série
Human Coders Podcast
Pour aller plus loin

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