Etre freelance me permet d'avoir plusieurs métiers différents en parallèle

Saison 1 • Épisode 14 26:29

Depuis ces premiers pas dans l'informatique, à son statut de salarié freelance dans une coopérative, Cécile Veneziani nous partage son expérience de développeuse dans ce nouvel épisode. 

Cécile est développeuse web spécialisée en Ruby on Rails, avec plus de 10 ans d'expérience. Elle est aujourd'hui à la fois freelance en développement backend mais aussi co-directrice du Wagon Nantes et Rennes.

Elle nous raconte comment ses missions de freelance se sont diversifiées au fil des années et l'ont amenées vers de nouveaux challenges. Développeuse, formatrice... puis co-directrice...je vous laisse découvrir toutes les portes qui se sont ouvertes à Cécile dans ce nouvel épisode ! 

Bonne écoute !

Transcription de l'épisode

Ludwine : Bonjour à tous et à toutes, je suis Ludwine et vous écoutez le podcast Human Coders. Dans chaque épisode de ce podcast, j'invite un ou une dev ou un professionnel de l'informatique pour parler de techno, de pratiques de développement ou de sujets plus généraux, mais toujours en lien avec l'informatique. Au programme également, des parcours de dev qui, j'espère, vous inspireront.

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Je retrouve aujourd'hui Cécile Veneziani pour une expérience de dev. Cécile est développeuse spécialisée en Ruby on Rails et elle est passée freelance il y a déjà plusieurs années. Dans cet épisode, on a parlé de ses premiers pas dans l'informatique, de son passage en tant que salariée freelance dans une coopérative, et on a parlé de toutes ses missions bien loin de son quotidien de développeuse. Et oui, parce qu'être freelance parfois vous ouvre des portes que vous n'auriez jamais imaginées. Je ne vous en dis pas plus sur ses diverses activités, bonne écoute !

Bonjour Cécile !

Cécile Veneziani : Salut !

Ludwine : Alors, première question, est-ce que tu peux te présenter ?

Cécile Veneziani : Je suis Cécile Veneziani, je suis développeuse Ruby on Rails. J'ai 12 ans d'expérience dans le domaine. J'ai fait quelques années en agence web et maintenant je suis freelance, donc développeuse web, et co-driver du bootcamp Le Wagon à Nantes et à Rennes.

Ses débuts dans l'informatique

Ludwine : Comment en es-tu arrivée à devenir développeuse ? Quelle a été ta première expérience du code ?

Cécile Veneziani : C'est une expérience un peu étrange. J'étais au lycée et, à l'époque, c'était MSN. J'avais un pote sur MSN qui m'a dit : "Linux, c'est trop bien". J'ai demandé ce que c'était, il n'a pas su m'expliquer et m'a dit de les rejoindre sur l'association Linux 62, dans le Pas-de-Calais. Leurs membres m'ont expliqué ce qu'était Linux. Je me suis retrouvée à installer Linux vers 16-17 ans, à l'époque où Ubuntu n'existait pas vraiment et où Windows dominait le marché. Je me suis mise à bidouiller mon ordinateur, à configurer des choses. En rejoignant cette association de promotion du logiciel libre, j'ai commencé à coder avec eux. J'ai tellement aimé que l'un d'eux m'a conseillé de les rejoindre en troisième année de licence informatique. À l'époque, je faisais un DUT dans le multimédia. J'apprenais Flash, le fonctionnement du CD-ROM... j'étais partie sur l'infographie, le graphisme et la communication audiovisuelle. Finalement, je me suis réorientée directement en licence informatique avec ces potes et je suis partie de ma banlieue parisienne pour arriver à Lille.

Ludwine : Tu as continué tes études jusqu'au Master ?

Cécile Veneziani : En informatique, j'ai fait deux ans : une licence 3 professionnelle et un Master 1 professionnel. Le premier semestre de licence a été assez dur car il me manquait les deux premières années, surtout sur le côté mathématique. Heureusement, c'était une licence pro avec beaucoup de récapitulatifs au début. Ce n'était pas forcément évident non plus car chaque TP arrivait sans cours préalable pour introduire la notion, puisqu'on était censés l'avoir vue les années précédentes. C'était un peu angoissant au départ. Je me suis souvent dit en sortant de cours que j'allais tout arrêter, mais mes potes me rassuraient en m'expliquant les notions le soir. Après mon M1, je me suis réorientée en Master 2 professionnel dans les réseaux (cartes réseau, Wi-Fi, protocoles...). J'ai appris beaucoup de choses, surtout que je n'aimais pas le réseau. Ce que j'aimais faire, c'était le web pour le côté résultat immédiat et visuel.

Ludwine : C'est comme ça que tu es arrivée sur Ruby on Rails ?

Cécile Veneziani : Pas exactement. À la base, quand je bidouillais avant de rejoindre la formation, je faisais un peu de Python. C'est un langage super cool car très accessible. J'ai eu la chance de pouvoir faire tous mes stages en Python plutôt qu'en Java, ce que tout le monde faisait à l'époque. C'était en collaboration avec des laboratoires de recherche en chimie sur la qualité de l'air. En sortant de formation, je cherchais un job dans le web en Python. À l'époque, ce n'était pas courant, sauf sur Paris. Sur Lille, il n'y avait aucune offre, à part sur Odoo qui ne m'attirait pas forcément. J'ai posté mon CV en ligne et une boîte m'a contactée : "Tu fais du Python, on fait du Ruby, c'est proche. Tu fais du Django, on fait du Rails, c'est aussi assez proche. Est-ce que ça te tenterait de passer sur Ruby on Rails ?". J'ai dit oui et c'est comme ça que je m'y suis mise.

Le passage au statut de freelance

Ludwine : On s'est contactées car j'avais envie que tu partages ton expérience de freelance. Cela fait plusieurs années que tu l'es. Passer à ce statut peut être intimidant. Comment s'est passée cette transition pour toi ?

Cécile Veneziani : Avant, je travaillais dans plusieurs agences web sur la métropole lilloise. Je me suis lancée en freelance fin 2013. C'était assez intimidant. Au début, quand je cherchais du taf en Python, mes potes me disaient de me lancer en freelance car tous les développeurs Python lillois l'étaient. Je leur répondais que ce n'était pas possible pour moi, qu'il me fallait quelque chose de stable, que j'avais peur de ne pas savoir me vendre... j'avais toutes les craintes classiques. Finalement, fin 2013, j'ai quitté mon poste en agence et je me suis dit que si je ne le faisais pas maintenant, je ne le ferais jamais. J'ai posé plein de questions à mes potes freelances pour savoir comment ils s'étaient lancés.

Ce que j'ai fait est un peu différent de la plupart des gens : je ne me suis pas lancée en auto-entrepreneur ou micro-entreprise, j'ai rejoint une Coopérative d'Activités et d'Emploi (CAE). On pourrait résumer cela comme une sorte de SCOP dans l'économie sociale et solidaire. C'est un peu comme du portage salarial. Ce que j'ai aimé, c'est qu'on n'est pas seul, on est accompagné par un gestionnaire d'activité. Quand on soumet des devis ou des factures, le gestionnaire les regarde, les valide et nous alerte si on fait une erreur ou si on oublie des clauses.

C'est une voie un peu plus complexe car on est entrepreneur-salarié. Pour toucher 50 € de salaire, il faut avoir encaissé 100 €, car il y a toutes les charges patronales et salariales, plus un pourcentage pour la coopérative. J'étais prête à jouer le jeu car la coopérative prend 10 % mais gère tout ce dont je n'ai pas envie : l'administratif, la gestion de la paie, les déclarations Urssaf, etc.

Ludwine : Si je comprends bien, tu as le statut salarié comme dans une boîte classique, tu reçois tes fiches de paie, mais c'est toi qui vas chercher tes clients et tes missions ?

Cécile Veneziani : Exactement. Je suis officiellement entrepreneur-salarié. J'ai 400 collègues répartis sur la métropole lilloise et la région. Pour 10 %, ils s'occupent de tout sauf de la partie commerciale et de mon cœur de métier, le développement et la formation.

Ludwine : Est-ce qu'être dans cette coopérative t'aide à trouver de nouveaux clients ? Il y a une partie réseau avec d'autres professionnels ?

Cécile Veneziani : J'en profite moins maintenant que j'ai déménagé à Nantes pour Le Wagon, mais c'est quelque chose de très courant. On forme des groupes de travail. Dans ma coopérative, il y a un groupe communication et un groupe web. On se rencontre, on échange sur nos travaux et on peut même répondre ensemble à des appels d'offres. Autre point intéressant : la coopérative est organisme de formation. Dès qu'on veut répondre à une offre de formation financée par un OPCO, on n'a pas toutes les démarches administratives à faire, la coopérative s'en charge.

Ludwine : Pour travailler pour Human Coders, qui est également organisme de formation, je vois bien l'intérêt. Cela allège énormément la partie administrative pour les formateurs.

Lorsqu'on veut se lancer en freelance, la question du statut est cruciale et peut être un frein financier ou administratif. Est-ce que tu conseillerais aux gens de s'orienter vers une coopérative ?

Cécile Veneziani : Je leur dirais de se renseigner. Ce n'est pas parce que j'y suis allée que tout le monde doit le faire. C'est surtout pour les personnes qui ont cette petite phobie administrative ou qui ne se sentent pas à l'aise pour tout gérer dès le départ. On peut assister à une première session d'information pour voir si ça convient. Je connais aussi beaucoup de personnes qui prennent un comptable pour gérer cela.

La diversité des missions de freelance

Ludwine : Quand on est freelance, on devient la personne qui fait les factures et plein d'autres tâches transverses. Il y a aussi le choix des missions : courtes, longues... Comment as-tu choisi les tiennes ?

Cécile Veneziani : J'ai fait un peu de tout. Au départ, c'était surtout des missions courtes et bien scopées pour une fonctionnalité ou des correctifs. Très rapidement, je me suis positionnée comme un renfort qui arrive dans une équipe technique. Je me vends comme une nouvelle collègue qui intègre l'équipe, plutôt backend. C'est une immersion de quelques mois à quelques années. Par exemple, avec mon client actuel, cela fait trois ans que je travaille avec eux.

Ludwine : Tu t'es aussi lancée dans la formation. Était-ce une mission que tu avais imaginée en devenant freelance ?

Cécile Veneziani : Pas du tout. Six mois après m'être lancée, j'ai vu sur Twitter un message du CTO du Wagon qui cherchait des formateurs Ruby on Rails. J'ai envoyé un mail en précisant que j'étais freelance et dev Ruby on Rails, mais que je n'avais jamais donné de formation. En revanche, j'avais eu de bons retours sur l'accompagnement et l'onboarding que je faisais en entreprise. J'ai fait trois jours de test sur la deuxième session du Wagon à Paris en 2014. Ça s'est bien passé et je me suis lancée à mi-temps comme prof.

Ludwine : Beaucoup de freelances varient leurs missions entre le dev, le conseil et la formation, que ce soit en école d'ingénieurs, université ou organisme privé. C'est un argument pour ceux qui hésitent : être freelance ouvre de nouvelles portes et idées de missions.

Cécile Veneziani : Carrément. Je ne sais pas si c'est le fait d'être freelance, mais je me ferme beaucoup moins de portes. Avant, j'étais juste développeuse. Maintenant, j'ai le développement backend, la formation en école et l'accompagnement de personnes en autodidacte qui veulent aller plus loin. Je connais aussi des gens qui font du support technique ou qui sont rédacteurs pour des MOOC. Il y a tout un tas d'autres métiers qui peuvent tomber quand on passe freelance et on n'en a pas forcément connaissance avant de franchir le pas.

Personal branding et réseau

Ludwine : Tu disais que tu te vendais comme un renfort d'équipe. Cela amène à la question du personal branding. Il faut savoir se vendre, trouver ses clients, se présenter... Comment as-tu abordé cela ?

Cécile Veneziani : Je n'ai pas trop poussé le côté vente. Comme tout le monde à l'époque, je me suis créé un compte sur Malt et j'ai pris le temps de faire un site personnel, qui est très vieux maintenant et n'a jamais été mis à jour. C'est surtout passé par le réseau des anciens collègues. J'ai eu la chance de ne pas avoir à faire trop de prospection commerciale. Des personnes m'ont recontactée parce qu'on avait bien collaboré par le passé, et de fil en aiguille, cela a amené de nouveaux clients.

Ludwine : Quels conseils donnerais-tu à ceux qui se lancent ?

Cécile Veneziani : Ne pas hésiter à avoir une présence sur le net (site perso, profil Malt) et surtout rejoindre les groupes de freelances dans sa ville ou sa région. En assistant aux réunions et aux événements, on se construit un réseau local et c'est souvent là qu'on trouve ses premières missions.

De la formation à la co-direction du Wagon

Ludwine : Tu m'as parlé de ce que tu faisais depuis un an et demi au Wagon. C'est assez éloigné de ton rôle premier de développeuse. Quelles sont tes nouvelles responsabilités ?

Cécile Veneziani : C'est drôle parce qu'en étant employée, je disais que je ne serais jamais freelance. En étant freelance, je disais que je ne serais jamais associée dans une boîte. Et pourtant, j'ai rejoint la franchise du Wagon Nantes et Rennes en tant qu'associée avec deux autres personnes. Depuis, mon rôle a totalement changé. J'étais principalement prof, et maintenant, même si je garde un fort rôle pédagogique, je suis plus dans l'organisation des plannings, la répartition des profs et leur encadrement. On recrute souvent nos profs parmi nos alumni, donc je veille à ce qu'ils se forment bien.

Une autre facette que je n'attendais pas : je suis passée sur le côté communication et marketing. Je m'occupe des réseaux sociaux (LinkedIn, Twitter, Instagram) et je travaille en partenariat avec les écosystèmes de Nantes et Rennes.

Ludwine : Ça me fait sourire car je me retrouve dans ce que tu dis. J'ai été dev pendant 6 ans avant de passer freelance, et aujourd'hui je t'interviewe pour le podcast Human Coders Podcast alors que je n'aurais jamais imaginé ça à la base. On continue d'apprendre tout en restant liés à l'informatique. Est-ce que ce changement d'activité a eu des impacts pour toi ?

Cécile Veneziani : Le seul côté négatif quand je donne une formation, c'est que je suis incapable de suivre mes mails. Toute la journée est dédiée aux élèves, je suis focus avec eux. Mais c'est très agréable de switcher car ça me garde motivée. J'ai moins de lassitude. Je fais deux jours d'enseignement intensif, ce qui est assez rincé car les journées sont longues, puis je bascule sur le développement. Je suis contente de retrouver une codebase et de plonger dans une implémentation. Osciller sans cesse entre l'humain et la production technique, c'est ce que j'aime.

Ludwine : Est-ce que tu as un dernier message à faire passer ?

Cécile Veneziani : Si vous vous posez la question de vous lancer en freelance, ne tardez pas trop et tentez l'aventure. Au pire, vous retrouverez forcément un job de salarié.

Ludwine : C'est très vrai. Merci beaucoup Cécile d'avoir partagé ton expérience avec nous. J'ai été ravie. Je te souhaite une bonne continuation dans tous tes projets.

Cécile Veneziani : Merci !

Ludwine : J'espère que cet épisode vous a plu. N'hésitez pas à venir en discuter sur notre blog, blog.humancoders.com, et à nous suivre sur les réseaux sociaux Twitter et LinkedIn. Je vous dis à très bientôt dans un nouvel épisode !

Informations sur l'épisode
Date de publication
Saison
1
Épisode
14
Durée
26:29
Série
Human Coders Podcast
Pour aller plus loin

Consultez l'article sur notre blog pour approfondir le sujet.