Confinement J+10 : 5 devs nous racontent
La semaine dernière j'avais demandé à Gaëtan, Mehdi, Gwenaëlle, Alexandre et Michel comment ils vivaient leur premiers jours de confinement en télé-travail. Je les retrouve aujourd’hui pour savoir où ils en sont.
Restez bien jusqu'au bout, Gaëtan nous partage une jolie initiative lancée pour venir en aide au personnel hospitalier.
Cet épisode a été enregistré jeudi 26 mars 2020.
Transcription de l'épisode
Introduction
Ludwine Probst : Bonjour à toutes et tous, je suis Ludwine et vous écoutez le podcast Human Coders. La semaine dernière, j'avais demandé à Gaëtan, Mehdi, Gwenaëlle, Alexandre et Michel comment ils vivaient leurs premiers jours de confinement en télétravail. Je les retrouve aujourd'hui dans un second épisode pour savoir où ils en sont.
Je profite d'être au micro pour vous donner quelques nouvelles de l'équipe Human Coders. Même si on travaille depuis plusieurs années à distance, on a dû nous aussi faire quelques adaptations. On s'appelle beaucoup plus pour garder le lien et, côté boîte, on a dû repenser les formations avec notre équipe de formateurs et formatrices pour proposer des formations à distance.
Retour à nos invités. Si vous vous souvenez, dans le premier épisode, il y avait Gaëtan de chez Arrobée. Gaëtan est déjà habitué au télétravail, donc pour lui et son équipe, il n'y avait pas d'énormes changements. Par contre, pour certains de leurs clients, c'était un petit peu plus compliqué.
Ensuite, il y avait Mehdi, développeur chez Ubisoft à Montréal. Pour lui, le télétravail était une première. Ses challenges étaient de réussir à bien rester concentré et à mieux communiquer avec son équipe.
Nous avions également Gwenaëlle. Elle découvrait elle aussi le travail à distance. Gwenaëlle est développeuse back-end à Rennes pour Klaxoon, une boîte qui propose justement des outils pour faire du télétravail. Elle nous confiait avoir plus de travail que d'habitude et son but était de trouver une routine en incluant des temps de lecture et du sport.
J'avais ensuite interrogé Alexandre, qui est développeur et digital nomad depuis Tenerife. La semaine dernière, il était sans mission et attendait de voir comment la situation allait évoluer. Il se demandait aussi s'il allait rentrer en France ou pas.
Pour finir, on avait écouté le témoignage de Michel qui venait de rejoindre une nouvelle mission en tant que Product Owner (PO). C'était un double challenge pour lui : arriver à établir une bonne communication et prendre ses marques, tout ça à distance.
Cet épisode a été enregistré le jeudi 26 mars. Nous sommes au jour 10 du confinement.
Où en sont les 5 développeurs après 10 jours de confinement ?
Gaëtan : Ça roule toujours. Les outils et les méthodes qu'on a mis en place sont assez efficaces parce qu'on ne les a pas changés depuis plus d'une semaine. C'est plutôt positif. Au niveau de notre client qui fait de l'événementiel, une partie de mon équipe fait du brainstorming avec eux pour essayer de digitaliser leur activité. On est assez créatifs pour lui trouver des solutions de secours qui pourraient faire basculer son business par la suite.
Mehdi : Au niveau de la communication, on pensait qu'on avait un problème de communication alors qu'on avait juste un problème d'habitude. Aujourd'hui, on a pris l'habitude de créer un meeting sur Teams, on ouvre les caméras, on en parle pendant une demi-heure ou une heure. Le fait de prendre cette habitude et de mettre la caméra est super important. On s'est rendu compte que ça permet de garder un contact avec les gens. Quand tu es tout seul toute la journée chez toi et que tu ne vois personne, avoir quelqu'un sur son écran, ça aide énormément à travailler. On n'a pas l'impression de travailler tout seul. Au niveau de la concentration, comme on prend une nouvelle routine et de nouvelles habitudes, je n'ai plus ce problème. Avant, dans ma tête, la maison n'était pas vraiment le travail. Maintenant, ça l'est un peu plus, donc ça va tout seul.
Gwenaëlle : Aujourd'hui, tout va bien. Niveau boulot, on a toujours autant de travail. On est au début du confinement, donc on améliore notre produit. Il y a beaucoup d'axes d'amélioration dans le cadre d'un télétravail à grande échelle, donc beaucoup d'idées qui arrivent et beaucoup de choses à faire. Je me suis très bien adaptée au télétravail. Je ne me sens pas isolée comme j'avais peur de l'être. Pour l'instant, j'arrive à me tenir à faire 30 ou 40 minutes de sport tous les deux jours et je me ménage des moments de lecture entre midi et deux. J'ai réussi à me faire une nouvelle routine en mode cloisonné.
Alexandre : Niveau perso, j'ai pris la décision de rester ici plus longtemps parce que le gouvernement espagnol a décidé de prolonger le confinement jusqu'au 11 avril au moins. En France, si ce n'est pas déjà le cas, ça va être prolongé aussi j'imagine. Pour ne pas prendre de risque, j'ai décidé de prolonger de manière indéterminée mon séjour ici. Niveau pro, je n'ai toujours aucune nouvelle de mon client, mais ce n'est pas forcément inquiétant. Il m'a prévenu que ça prendrait un peu de temps pour qu'il prenne une décision. C'est plutôt rigolo parce que j'ai été recontacté pour une mission pour laquelle j'avais été refusé il y a quelques semaines parce que je ne voulais que du full remote alors qu'ils voulaient du remote partiel. Finalement, le remote partiel n'était pas forcément une condition sine qua non. C'est rigolo de voir ce genre de changement.
Michel : Ça va plutôt bien en réalité, même si le week-end fut un peu difficile. J'ai eu du mal à trouver du sens à mon week-end sans pouvoir sortir, sans pouvoir flâner dehors ou voir mes amis. J'étais très content de retrouver mon travail le lundi. Ça m'a donné du rythme et un objectif chaque jour pour finir mes tâches. Ça se passe plutôt bien pour le boulot et, personnellement, ça va mieux depuis le week-end. J'ai trouvé des choses à faire, de la cuisine à la musique.
Les difficultés rencontrées en télétravail
Gaëtan : C'est la connexion internet. J'habite dans une petite ville et la connexion n'est pas très bonne ni très stable. Je dois des fois jongler avec la 4G, notamment pour les appels avec mon équipe et mes clients.
Mehdi : J'étais persuadé que rester à la maison en permanence sur mon PC ou sur la télé, ça allait très bien se passer. Mais le fait d'être vraiment confiné, de ne vraiment pas sortir et de rester en permanence à l'intérieur, c'est quelque chose qui me rend un peu fou.
Gwenaëlle : Je me rends compte de certains inconvénients qui viennent avec le télétravail. Notamment quand on est occupé sur quelque chose d'important avec certaines personnes, tout le monde n'est pas au courant forcément. Du coup, on peut être sollicité par beaucoup de personnes en même temps pour des choses qui ont parfois des importances équivalentes. Parfois on ne sait plus trop où donner de la tête. Il y a beaucoup de notifications dans tous les sens sur les différents supports de communication. C'est une difficulté à laquelle je n'avais pas forcément pensé avant.
Alexandre : Niveau pro, il n'y a pas forcément de changement par rapport au télétravail puisque j'avais choisi uniquement du full remote. J'avais déjà anticipé les difficultés. Par contre, niveau perso, c'est un peu plus compliqué ici car on n'a pas du tout le droit de sortir, même pour pratiquer des activités physiques. En France, vous avez le droit de sortir un petit peu avec des papiers à remplir, mais nous on n'a pas ça. C'est plutôt au niveau perso que ça pose problème.
Michel : Je n'avais pas pensé à la motivation supplémentaire qu'il faut mettre pour finir ses tâches au quotidien. Quand on est en entreprise avec ses collègues, il est beaucoup plus simple d'aller les voir et ils viennent nous voir aussi. Il y a une sorte de motivation liée au collectif. Là, on est à distance et il faut se gérer soi-même. C'est vraiment ça la difficulté. Une autre difficulté est apparue : je commence de plus en plus à cuisiner et j'ai eu quelques accidents de cuisine, rien de très méchant, mais avec de l'huile un peu chaude sur les mains. Comme on se lave aussi beaucoup les mains, je commence à avoir un peu mal. Qu'on soit PO ou dev, on utilise beaucoup nos mains et là ça me fait un peu mal. Je ne suis pas le seul, j'ai vu des gens sur Twitter et mes amis me disent que leurs mains sont complètement défoncées. On se lave trop les mains ou on fait trop de cuisine, ou les deux en même temps.
Ce qu'ils ont appris sur eux-mêmes
Gaëtan : Sur le plan professionnel, on arrive quand même, même si on n'est pas tous physiquement présents, à être très soudés. Cet esprit d'équipe fait notre force et plaît à nos clients. Au niveau perso, j'ai réalisé que normalement le full remote n'était pas fait pour moi, mais que malgré la crise et avec tout ce qu'on a mis en place, j'arrive à en faire sans trop de désagréments et je le supporte plutôt bien.
Mehdi : Ça m'a appris que je ne pouvais pas faire ça. Il n'y a pas longtemps, j'ai fait un article sur le développeur remote dans le monde et tout, mais je ne pense pas que je pourrais faire partie de ces gens-là. Maintenant je le sais. Je me suis rendu compte que j'avais besoin de collègues pour fonctionner normalement dans ma tête. Je ne pourrais pas rester longtemps en full remote.
Gwenaëlle : J'avais peur de me sentir trop isolée, trop cloisonnée, j'avais peur d'étouffer sans pouvoir sortir. En fait non, ça va. Je vois aussi que d'un point de vue vie sociale, ça s'organise. Les gens s'adaptent, on fait des soirées par écrans interposés et au final ça passe bien. En ce qui me concerne, je ne me sens pas en manque d'interactions sociales.
Alexandre : Ça m'a surtout permis de devenir beaucoup plus productif. Le fait qu'on ne puisse pas sortir de la maison et que je n'aie plus de client m'a rendu super productif sur mes projets personnels. J'ai recommencé à tourner des vidéos YouTube, à écrire des articles de blog, à bosser sur des projets perso que j'avais laissés tomber. Concrètement, je n'ai rien d'autre à faire. J'ai réalisé que ce n'était pas si compliqué que ça d'avancer.
Michel : J'ai réarrangé mon temps libre pour vraiment me concentrer sur l'essentiel. C'est ça que j'ai appris : cette notion d'essentiel qui est la cuisine, encore une fois. Rien que de préparer à manger plutôt que d'aller au restaurant, j'ai fait des choses que je n'avais jamais faites, comme couper mon premier poulet fermier à la main. J'ai fait des recettes inédites. Je fais du sport aussi, de la méditation, donc je me reconnecte beaucoup plus à moi-même et aux choses essentielles de la vie. Et aussi, peut-être, l'importance des petits plaisirs. Il faut se faire plaisir dans cette période difficile, il faut trouver un peu de bonheur là où on peut.
L'initiative Solidaire : Partage tes masques
Ludwine Probst : J'aimerais finir cet épisode avec un petit bonus. Lors de mes entretiens, Gaëtan m'a partagé une initiative qui a été lancée dans son entreprise. Je trouve que c'est une très jolie contribution en ce moment de crise. Je laisse la parole à Gaëtan.
Gaëtan : Peut-être que certains connaissent la plateforme qui a émergé il y a quelques jours : partagetesmasques.fr. La boîte dans laquelle je travaille, "Les Fabricants", est derrière ce projet. On a décidé d'utiliser des outils qu'on a l'habitude d'implémenter et qu'on connaît très bien, du genre Typeform et Mailjet. Mes dirigeants ont été un peu au culot, ils ont contacté les CEO de ces deux plateformes pour leur demander un compte pour ce projet. Ils ont totalement adhéré à la démarche et ont donné des comptes "full access" pour mettre ça en place. Ça a été fait en une demi-journée.
L'initiative est née de notre directeur opérationnel qui était en contact avec un professionnel de santé. Ils ont discuté ensemble pour savoir comment on pouvait aider les gens à travers nos outils et derrière notre ordinateur en télétravail. C'est un grand esprit de créativité de la part de mon équipe et je suis assez fier de pouvoir partager ça avec toute la communauté des développeurs et de Human Coders. Malgré le fait qu'on soit confinés chez nous et qu'on travaille un peu dans l'ombre, on est capables de donner à disposition des outils à des personnes qui, elles, sont sur le terrain et risquent leur santé pour cette crise. On apporte notre petite pierre à l'édifice.
Conclusion
Ludwine Probst : J'espère que cet épisode vous a plu. J'étais heureuse de retrouver nos cinq invités pour savoir où ils en étaient. Nous les retrouverons dans un dernier épisode, je pense, à l'issue du confinement.
En attendant, je vous invite à écouter tous les autres épisodes du podcast Human Coders qui sont sortis. Le dernier en date est justement sur le télétravail avec Vincent. Il explique comment, avec son équipe, ils s'organisent pour travailler tous en full remote. Vous pouvez retrouver tous les épisodes sur les différentes plateformes de podcast : Ausha, SoundCloud, Spotify, Deezer, etc. Il suffit de rechercher le mot-clé "Human Coders Podcast" dans la barre de recherche. À très bientôt !
Informations sur l'épisode
- Date de publication
- Saison
- 1
- Épisode
- 10
- Durée
- 14:17
- Série
- Human Coders Podcast
Pour aller plus loin
Consultez l'article sur notre blog pour approfondir le sujet.