Les dev et le marché du travail en 2025 - RÉPONDEUR #6

Saison 2 • Épisode 11 35:52

“Vous êtes bien sur le répondeur de Human Coders”

Le marché de l’emploi des devs est en pleine mutation. L’époque où les recruteur·euse·s se battaient pour embaucher des dev semble révolue. Entre la crise du Covid, l’afflux de devs juniors en reconversion et l’essor de l’IA, le métier évolue rapidement.

Aujourd’hui, les développeur·se·s juniors ont des difficultés à décrocher leur premier emploi, tandis que les profils seniors s’en sortent mieux généralement. Mais alors, comment tirer son épingle du jeu ?

Dans cet épisode du Répondeur, on explore les nouvelles stratégies : réseautage, formation continue, spécialisation, etc. Et surtout, on donne la parole à celles et ceux qui vivent cette réalité au quotidien.

•• TIMECODES ••

00:00:00 Introduction
00:01:23 Pierre Segalen
00:04:19 Bich Truong
00:11:06 Fabien Plart
00:14:29 Guillaume Andouard
00:17:11 Nicolas Zozol
00:19:47 Arnaud Becheler
00:24:30 Bertyn Boulikou
00:30:08 Stéphane Trebel

•• NOS FORMATIONS ••

https://www.humancoders.com/formations

•• GUESTS ••

Pierre Segalen, Mobile & Web maker et fondateur de Douze
https://www.linkedin.com/in/pierre-segalen/

Bich Truong, Ingénieure d'études Java chez Accenture
https://www.linkedin.com/in/bich-truong/

Fabien Plart, Freelance et organisateur des Human Talks Grenoble
https://www.linkedin.com/in/fabien-plart/

Guillaume Andouard, Formateur React Native pour Human Coders, entrepreneur et consultant en dev web et mobile
https://www.humancoders.com/formateurs/guillaume-andouard

Nicolas Zozol, Fondateur et Développeur Web de Robusta Build
https://www.linkedin.com/in/robustacode/

Arnaud Becheler, Développeur C++ depuis 10 ans et Formateur C++ pour Human Coders
https://www.humancoders.com/formateurs/arnaud-becheler

Bertyn Boulikou, Développeur freelance en vue/nuxt/laravel
https://www.linkedin.com/in/bertyn-boulikou/

Stéphane Trébel, Consultant technique chez WeScale
https://www.linkedin.com/in/stephane-trebel/

Sommaire de l'épisode
00:00:00 Introduction
00:01:23 Pierre Segalen
00:04:19 Bich Truong
00:11:06 Fabien Plart
00:14:29 Guillaume Andouard
00:17:11 Nicolas Zozol
00:19:47 Arnaud Becheler
00:24:30 Bertyn Boulikou
00:30:08 Stéphane Trebel
Transcription de l'épisode

Voici le transcript de l'épisode du podcast Human Coders Podcast consacré au marché du travail des développeurs en 2025.

Introduction

Matthieu Segret : Bonjour à toutes et à tous, je suis Matthieu et vous êtes bien sur le répondeur de Human Coders. Je suis content d'être avec vous dans cette nouvelle édition de ce podcast où l'on va parler tech, pratiques de développement ou sujets plus généraux, mais toujours en lien avec l'informatique. Le concept de ce podcast est assez simple : dans chaque épisode, je vous pose une question et vous pouvez me répondre par vocal.

Aujourd'hui, on va s'intéresser à un sujet qui nous touche tous en tant que développeurs et développeuses : celui du marché de l'emploi. Je vous pose la question : est-ce qu'il est toujours aussi facile de trouver du travail ou une mission en tant que dev aujourd'hui ? Après plus de dix ans où l'on était chassés sur LinkedIn et où l'on bénéficiait de super conditions de travail, la situation semble avoir changé aujourd'hui. Avec des vagues de licenciements massives dans le secteur de la tech en 2022 et l'arrivée de l'intelligence artificielle qui redéfinit notre métier, beaucoup se demandent si l'âge d'or des développeurs est terminé.

Et toi, comment tu ressens ça dans ton quotidien ? Est-ce que tu as dû repenser ta façon de travailler ou de te former ? Est-ce que tu as mis en place des stratégies pour rester actif dans cet environnement en pleine mutation ? Tes proches dans le même domaine, est-ce qu'ils ressentent la même chose ? Est-ce que tu as une anecdote, une expérience sympa à nous raconter sur ce sujet ? Vous êtes bien sur le répondeur de Human Coders, laissez-nous un message après le bip.

Pierre Segalen : L'évolution sur 20 ans

Pierre Segalen : Salut Matt, c'est Pierre Segalen. J'ai créé la société Douze en 2020 et on fait des systèmes d'information pour nos clients, avec des applications mobiles et web. Je bosse dans le dev depuis 2004 et je peux dire que le marché a beaucoup évolué pendant ces vingt dernières années. Je me souviens d'une période, dans les années 2010, pendant laquelle on était littéralement harcelés par les recruteurs. Je recevais parfois plus d'une dizaine d'appels par semaine et j'avais des propositions de job quasiment chaque année. Je pense que cette période de frénésie est un peu terminée, mais je ne pense pas que le marché soit mort pour autant.

Je pense qu'il y a plusieurs facteurs qui ont lourdement transformé le monde du travail pour les devs ces dernières années. Déjà, le premier a été le Covid. Je pense que le Covid, avec les confinements, a beaucoup échaudé autant les boîtes que les devs. J'ai l'impression qu'en tout cas, parmi les seniors, les développeurs expérimentés, une grande partie a choisi de sortir du salariat à ce moment-là. Globalement, on est de plus en plus indépendants, en tout cas c'est l'impression que j'ai.

Un second facteur aussi, ça a été les formations de reconversion vers le dev qui ont un peu fleuri ces dernières années et qui ont fait exploser le nombre de candidats débutants sur le marché du travail. Je suis régulièrement contacté par ce type de profils qui souvent me semblent un peu en difficulté pour trouver la première entreprise qui leur fera confiance et qui leur confiera un job.

Pour ma part, en tant que senior, je ne reviendrais pas sur un CDI, sauf cas de force majeure. Je ne dis pas que tous les seniors doivent sauter ce pas, parce que ça peut être vraiment flippant, notamment quand on a une famille, et ce n'est pas forcément un modèle fait pour tout le monde. Pour les juniors, chaque fois qu'un junior me pose la question et me demande conseil, j'ai pour habitude de le rediriger vers les grosses ESN. Mon parcours a démarré dans l'une d'entre elles et c'est l'une des périodes pendant laquelle j'en ai le plus appris sur le métier. Je leur dis d'aller dans une grosse ESN, de se faire les dents sur des gros projets pour des gros clients ; c'est l'une des façons les plus efficaces et confortables de démarrer ce type de carrière.

Au final, pour répondre à la question, je dirais que la facilité de trouver du boulot en tant que dev dépend grandement de ton profil. J'ai l'impression que la période est globalement compliquée pour les juniors, mais qu'elle est par contre assez propice pour les seniors. Dans tous les cas, avec l'explosion de l'IA, notamment dans le milieu du développement informatique, je pense que la mutation du marché est loin d'être terminée.

Bich Truong : Le parcours d'une junior en reconversion

Bich Truong : Hello Matt, moi c'est Bich. Je suis une ancienne web marketing manager reconvertie dans le développement web. Je viens de terminer mes études en octobre 2024 et j'ai commencé chez Accenture en tant qu'ingénieure d'études Java. Je vais donc répondre à ta question sous l'angle d'une junior en reconversion. Est-ce facile de trouver du travail en tant que développeur aujourd'hui ? La réponse est : absolument pas.

Pourquoi une réponse aussi pessimiste ? Sur LinkedIn, je vois beaucoup de profils juniors qui racontent leur galère pour trouver le fameux premier CDI. Ça me fait mal au cœur de voir des profils motivés qui ont tout lâché pour se reconvertir, parfois en s'endettant, et qui doivent aujourd'hui trouver en urgence un boulot alimentaire, faute d'avoir rencontré une entreprise qui leur donne une chance de commencer dans la tech. Quand je regarde dans ma promotion, on est cinq ou six sur une vingtaine à avoir trouvé un travail juste après la fin de la formation Bac+5. Et pourtant, la majorité a un parcours de formation initiale avec deux à trois ans d'alternance. J'ai l'impression qu'une alternance et un Bac+5 en informatique ne garantissent plus du tout d'avoir un travail à la sortie de l'école. Je connais même des profils juniors d'écoles d'ingénieurs réputées qui ont mis plus de six mois à trouver leur premier emploi. Dans mon entourage proche, j'ai des amis Bac+2, +3, +5 qui cherchent toujours leur premier CDI et certains sont même prêts à continuer les études en attendant que la crise passe. En fait, le stage ou l'alternance semblent aussi difficiles à trouver qu'un premier CDI.

Je pense malheureusement que l'âge d'or du développeur est révolu. Pendant des années, on nous a vendu qu'avec un bootcamp de quelques mois, les entreprises seraient prêtes à nous dérouler le tapis rouge. Ce n'est plus d'actualité. Les profils autodidactes ont plus de difficulté à se vendre en entreprise parce qu'on est en période de crise économique. Le contexte géopolitique est incertain, donc les entreprises ont moins de budget et sont plus frileuses pour embaucher des juniors.

Pour mon cas, je pense avoir été très chanceuse car j'ai pu trouver plutôt facilement mes stages, mon alternance et mon premier CDI. Mon secret, c'est le réseau et le pragmatisme. En fait, j'ai mis dix ans à préparer ma reconversion. J'avais commencé par des cours du soir au CNAM et c'est là où je me suis rendu compte qu'un jour je serais développeuse, mais j'étais trop frileuse pour quitter mon CDI. En parallèle de mon emploi, j'avais fait des missions de freelance pour créer des sites internet, ce qui m'a permis d'avoir un portfolio et des recommandations clients. J'avais aussi beaucoup échangé avec des personnes qui ont réussi leur reconversion en informatique. C'est pourquoi quand j'ai entamé ma reconversion, j'avais déjà ciblé les formations et les écoles réputées sur le marché nantais qui étaient accessibles aux personnes en reconversion. En effet, je trouve que choisir l'école est très important car on peut bénéficier du réseau de l'école et ça permet de faciliter la recherche d'emploi.

Avant de quitter mon CDI, j'avais aussi établi une liste d'entreprises avec des contacts. Au début de ma reconversion, j'ai ciblé très tôt ma stack technique : Java, JavaScript, PHP. À chaque contact avec les entreprises, j'affinais mes choix. En fait, c'est comme la méthodologie agile : chaque feedback des entreprises permettait de mieux me connaître, mieux connaître le marché et d'ajuster mon orientation. Par exemple, même si l'IA et Python ont beaucoup de succès, je me suis rendu compte que les offres d'emploi ne suivaient pas forcément pour des juniors. Et puis, ça voulait dire concrètement entrer en concurrence sur le marché du travail avec des profils de formation initiale d'école d'ingénieurs qui veulent faire du machine learning ou du deep learning. Donc j'avais déjà exclu l'IA et Python. Lors de mon premier stage pour le BTS, j'ai dû renoncer à mon premier amour, le PHP, car je me suis rendu compte que cette stack était très peu présente en ESN. Et oui, je voulais absolument rejoindre une ESN car je savais que c'était le genre de structure qui avait les moyens d'embaucher des juniors en reconversion pour les accompagner et les faire monter en compétence.

C'est mon background d'école de commerce qui m'a probablement aidée à affiner mes choix de reconversion. J'étais principalement guidée par les études de marché et la veille concurrentielle dans la tech. C'est pour ça que je me suis spécialisée en Java Spring Boot / Angular car c'était la stack dominante du marché nantais. Quitte à devoir refuser des opportunités d'alternance ou de CDI, car pour moi choisir c'est renoncer, et ça m'a permis d'avoir un parcours cohérent et rassurant pour les entreprises : du Java en ESN. Tout au long de ma reconversion, j'ai continué à participer à des meetups et à l'un d'eux, j'ai rencontré un tech lead qui faisait partie de mon jury pour ma soutenance de titre de concepteur développeur d'applications. Il s'avère que cette personne travaille dans l'ESN qui m'avait accueillie lors de mon premier stage. J'ai eu l'opportunité d'avoir une proposition d'embauche sur profil huit mois avant la fin de mes études. Comme mentionné, j'ai eu de la chance, mais cette chance, je l'ai aussi provoquée en mettant de côté les lignes de code pour aller rencontrer des dév en vrai, discuter avec eux, faire de la veille et travailler mon réseau.

Malheureusement, beaucoup de développeurs pensent qu'un portfolio bien rempli et une candidature spontanée suffisent pour décrocher un travail. De nos jours, c'est plus compliqué. Les entreprises ne recrutent plus que des compétences techniques ou des soft skills, elles recrutent aussi une personnalité qui va pouvoir s'intégrer dans l'équipe. Mon conseil pour les juniors qui recherchent toujours un emploi, c'est de sortir, rencontrer d'autres développeurs, faire de la veille et être pragmatique. Bon courage !

Fabien Plart : La force du réseau

Fabien Plart : Salut Matt, c'est Fabien. C'est une question vachement intéressante. J'ai commencé avec un BTS de deux ans, suivi d'une Licence 3 à l'IUT que j'ai réalisée en alternance. Ce programme d'alternance est vraiment intéressant parce que c'est un premier pied dans le monde de l'entreprise. On apprend la terminologie dans le secteur, on apprend comment une entreprise travaille et ça, c'est vachement important pour la suite quand on doit faire d'autres entretiens d'embauche.

Ensuite, on parle souvent de réseau. Quand on commence une carrière, on n'a pas beaucoup de réseau. Mais en fait, on vient de l'IUT, donc on a des camarades de classe et ces camarades, c'est déjà notre réseau. Moi, j'ai voulu changer de travail un an après cette alternance et j'étais toujours en contact avec les gens de l'IUT. J'ai découvert qu'un de mes anciens camarades avait une opportunité de poste dans son entreprise. Je suis naturellement allé discuter avec lui, puis j'ai rencontré l'entreprise et ça s'est fait comme ça. C'est beaucoup plus facile une fois qu'on connaît une personne de pouvoir discuter avec les bonnes personnes au sein de l'entreprise. Aussi, la personne peut parler du projet et savoir si ça nous intéresse ou non. De son côté, l'entreprise doit savoir si notre profil les intéresse.

Je voudrais aussi souligner le fait que lorsqu'on quitte une entreprise, il faut toujours le faire en bons termes pour que ce soit fait de manière élégante, quel que soit le contexte. Même s'il y a des désaccords, c'est essentiel de respecter ses obligations contractuelles. Toutes les personnes avec qui on a travaillé vont faire partie de notre réseau. Typiquement, j'ai été manger avec une ancienne équipe avec laquelle je ne travaillais plus depuis six mois et finalement, mon ancien manager m'a proposé une opportunité d'emploi pour une autre équipe de son entreprise, pas directement pour lui. Il avait apprécié la collaboration qu'on avait eue ensemble, il savait comment je travaillais, donc il se sentait capable de pousser mon profil pour une autre équipe.

J'ai aussi eu à faire des candidatures en ligne très récemment. Mon premier réflexe a été d'aller sur les plateformes de job, LinkedIn également. Et là, je me suis vu remplir je ne sais pas, 150 offres d'emploi, envoyer des lettres de motivation, mais c'était vraiment un sentiment horrible d'envoyer une bouteille à la mer. À partir du moment où il n'y a pas d'humain dans le processus, c'était pour moi très inefficace.

Ça m'amène à une dernière piste de réseautage : les événements sur Meetup, comme les Human Talks ou d'autres. Ces événements sont très intéressants parce que, déjà, on se développe professionnellement avec un peu plus de connaissances sur certains sujets. Parfois, ça nous amène à avoir plus de conversations ou plus de culture générale dans notre secteur, mais aussi, il y a toujours une entreprise qui héberge les Human Talks et cette entreprise le fait souvent parce qu'elle recherche des profils. Là, c'est très facile d'aller discuter avec les personnes de cette entreprise pour voir s'ils ont des opportunités d'emploi et si leurs valeurs et ce que vous aimez peuvent correspondre. Il y a aussi d'autres gens, des freelances, des personnes d'autres entreprises. Si vous partagez le fait que vous êtes à la recherche d'emploi, ça peut vous donner des opportunités parce que ces personnes peuvent se dire "Ah ok, on cherche des gens dans ce secteur pour tel projet, pour tel client". Allez Matt, si tu es à la recherche d'emploi, bon courage à toi et passe une bonne journée.

Guillaume Andouard : L'état d'esprit et la curiosité

Guillaume Andouard : Bonjour Mathieu, c'est Guillaume Andouard. Je suis entrepreneur, consultant et formateur chez Human Coders. Sur la question de la demande professionnelle dans le monde du développement, il faut garder en tête que c'est un sujet très vivant qui évolue assez rapidement. Pour donner un peu de contexte, lorsque j'ai commencé ma carrière, c'était l'époque des premiers smartphones et il m'a été relativement facile d'intégrer des équipes qui travaillaient sur des projets innovants sur des applications mobiles. J'ai depuis travaillé dans différentes petites entreprises innovantes et aujourd'hui, je suis davantage dans le rôle du recruteur que dans celui du candidat.

J'ai pu observer des évolutions parfois soudaines du marché. Pour donner un exemple, après la période du Covid, une vague de reconversion a conduit de nombreuses personnes à se tourner vers les métiers de l'informatique. Cela a entraîné une arrivée massive de profils juniors pour qui la recherche d'emploi n'a pas forcément été facile. Chaque période apporte son lot d'innovations qui dynamisent le marché. On peut citer des exemples récents comme le Cloud Computing ou les nombreuses applications de l'intelligence artificielle. Ces évolutions garantissent généralement une forte demande pour les profils de développeurs. Cela ne veut pas forcément dire qu'il faille absolument travailler sur l'IA pour être recruté, mais seulement que cela favorise la création de nouvelles entreprises ou de nouveaux projets autour de ces sujets.

En général, la demande est donc assez forte pour les développeurs. Par contre, la facilité à trouver du travail ne dépend pas uniquement du marché, mais aussi de votre profil et de votre positionnement. Si, par exemple, vous avez travaillé pendant longtemps sur des technologies datées dans une grande entreprise peu portée sur l'innovation, il est essentiel pour vous de vous former aux technologies modernes pour rester compétitif.

Et on en vient à un point important qui est votre état d'esprit. Ça joue un rôle vraiment capital dans la réussite professionnelle du développeur. Pour reprendre l'exemple d'après-Covid, j'ai rencontré de nombreux candidats qui, bien qu'ayant suivi une formation incluant de petits projets de dev, n'avaient pas compris le métier pour lequel ils postulaient. Ils avaient appris à utiliser un langage et des outils, mais sans forcément comprendre le concept fondamental ou les implications du développement logiciel. Ce qui fait la différence selon moi, c'est l'activation d'un esprit d'analyse et de curiosité. Comprendre les concepts, réfléchir à l'impact des choix et s'intéresser aux bonnes pratiques sont des qualités extrêmement importantes. Si vous avez cet état d'esprit et que vous ne restez pas sur vos acquis, alors oui, je pense qu'aujourd'hui il y a de la place pour vous dans le monde du développement informatique. Par exemple, la veille technologique est un outil super précieux pour rester pertinent sur le marché. Du coup, je vous encourage à aller écouter l'épisode dédié à ce sujet dans les podcasts Human Coders. Pour finir, bien sûr, si vous êtes en recherche d'emploi, je vous souhaite vraiment bonne chance et beaucoup de courage dans vos démarches. Salut Matthieu, à bientôt.

Nicolas Zozol : Analyse économique du ralentissement

Nicolas Zozol : Allô Matthieu. Est-il toujours facile de trouver du travail en tant que dev aujourd'hui ? Long story short : non. Si on veut approfondir : déjà je me présente, je suis Nicolas Zozol, dev fullstack depuis 20 ans à Toulouse. Comme j'ai pas mal d'expérience, des certifications Java, je fais aussi partie du réseau Toptal, il y a quelques années encore, je me faisais vraiment harceler sur LinkedIn tout le temps. Là, je sors de trois ans de CDI et je pensais du coup que je trouverais du boulot easy. Ça fait deux mois que je cherche, il y a eu Noël au milieu, mais enfin clairement, ça a l'air quand même beaucoup plus compliqué que prévu.

Le cliché, c'est évidemment d'accuser l'IA. Mais on s'autorise à penser dans les milieux autorisés qu'en fait, le principal responsable, ce serait plutôt les taux d'intérêt. C'est-à-dire qu'il y avait, il n'y a pas encore longtemps, des rendements de 6 % sur le dollar, et du coup une boîte de logiciel, plutôt que d'investir dans le code, elle doit rendre 6 % à ses investisseurs. Donc il vaut mieux pomper les utilisateurs maintenant plutôt que d'investir dans des développeurs. Ça peut être aussi à cause d'investissements qui sont faits dans les data centers avec plein de puces Nvidia achetées, et ça, ça coûte très cher. Ça peut être aussi lié à des bootcamps. Depuis le Covid, le métier du "monde d'après", c'est un peu d'être développeur et forcément tout ça, ça augmente la compétition.

Tout ça paraît logique sans que ce soit l'IA qui soit responsable de remplacer les humains pour développer. Cependant, l'un n'empêche pas l'autre et honnêtement, je ne sais pas du tout quelle est la vraie cause de la difficulté. Je ne sais pas non plus s'il y a vraiment une difficulté à trouver du boulot. Moi, je l'expérimente depuis deux mois, ce n'est pas forcément convaincant, mais d'après les chiffres de France Travail, ça reste quand même un métier en grande tension.

Sachant qu'il y a, en tout cas j'ai l'impression, une difficulté, comment j'y réponds ? J'essaie de bosser intelligemment : avoir un plan, avoir des actions prioritaires à mener, soigner les textes dans la prospection, essayer d'augmenter ma visibilité et je continue à me former parce que c'est un métier où il y a toujours à découvrir. Et puis l'autre intérêt d'agir constamment, c'est que ça limite le stress parce que ce n'est pas une situation qui est très agréable et chercher du taf, ce n'est pas du tout ce qu'on aime faire. Donc voilà, bonne chance à tous ceux qui cherchent du boulot et puis peut-être à bientôt dans des daily stand-ups.

Arnaud Becheler : L'impact de l'IA et la spécialisation

Arnaud Becheler : Allô Matthieu, salut ! C'est Arnaud Becheler. Je suis développeur C++ depuis une dizaine d'années et formateur chez Human Coders depuis quelques mois. Tu posais la question de savoir quelles sont les difficultés pour trouver du travail en tant que développeur aujourd'hui. C'est vrai qu'il y a beaucoup de questions en 2025 qu'il faut se poser comparé à 2022 ou 2020.

Ces questions ont commencé à apparaître pour moi en 2022-2023. À l'époque, j'étais à Seattle dans une startup de jeux vidéo et la situation économique a commencé à battre de l'aile. Je me souviens que les cryptos se sont effondrées, Google, Microsoft, toutes les grosses boîtes ont commencé à licencier. Ma boîte a licencié aussi et du coup, je suis venu chercher du travail en France. Effectivement, il y avait quelques challenges.

Le premier challenge, c'était de faire valoir ses compétences quel que soit son parcours. Mon parcours était un peu particulier, donc pour ceux qui cherchent du travail, il faut se battre et ne pas abandonner. On a tous appris des choses, on a tous des parcours différents qui nous ont enrichis d'une manière singulière et ça, il faut arriver à le présenter au recruteur comme une force. C'est difficile, notamment quand il y a un peu de volatilité dans le marché de l'emploi et que les recruteurs ont tendance à essayer de jouer plutôt sur des profils types parce qu'ils prennent moins de risques. Il ne faut pas se décourager et arriver à communiquer pourquoi, par exemple dans mon cas, mon doctorat en biologie computationnelle était tout à fait pertinent pour les emplois auxquels je postulais.

Il y a ce challenge-là, et il y a le challenge de l'IA générative. C'est vrai qu'aujourd'hui, quand on pose une question de code à l'IA, elle est capable de générer des codes qui compilent neuf fois sur dix. Pour des problèmes simples, ça me fait dire que peut-être qu'on a des soucis à se faire en tant que développeur. Peut-être qu'il va commencer à être de moins en moins vital d'avoir une grosse équipe de développeurs parce que si notre productivité est boostée par l'IA, on a besoin de moins de petites mains. Pour moi, ça veut dire qu'il faut de l'excellence, il faut comprendre les outils qu'on utilise, il faut se rendre indispensable avec l'IA. Il faut s'approprier l'IA, il faut développer ces nouvelles manières de travailler avec ces outils et c'est là qu'on pourra se distinguer.

Le dernier challenge, je pense que c'est l'interdisciplinarité. C'est-à-dire qu'il y a de plus en plus de choses à connaître. La complexité du monde qui nous entoure et des technologies est énorme et ça devient évident qu'on ne peut pas tout connaître. Donc notre capacité à être embauché quelque part, ça va être aussi lié à notre capacité à interagir avec les experts dont on a besoin. Quand on est confronté à une question technique, théorique ou programmatique, il faut admettre que c'est normal de ne pas connaître la réponse. Par contre, il faut accéder à l'information et accéder à l'information, ça passe par interagir et s'entourer d'un réseau d'experts. C'est vital, c'est ce que j'ai essayé de faire pendant des années et ça porte ses fruits. Il faut absolument faire comprendre aux recruteurs qu'on est des êtres sociaux, qu'on aime poser des questions, qu'on est curieux et qu'on est quelqu'un qui aime travailler dans une communauté. Ça va être aussi ce qui va nous distinguer de l'IA : notre capacité à discuter avec notre voisin, à s'approprier leurs problématiques et à leur présenter peut-être des idées de solutions auxquelles ils n'avaient pas pensé. Créativité, résilience, adaptabilité, ça c'est, je pense, les mots les plus importants en 2025 sur le marché du travail en tant que dev.

Bertyn Boulikou : Trouver sa niche

Bertyn Boulikou : Salut salut Matt ! Moi c'est Bertyn Boulikou, développeur freelance web spécialisé dans Vue, Nuxt et Laravel avec moins d'un an d'expérience. Je dirais oui, est-il facile aujourd'hui de trouver du travail en tant que dev, mais je nuancerais un peu plus tard.

Tout d'abord, oui. Pourquoi je dirais oui ? Parce que je trouve qu'il y a encore une forte demande pour le poste de développeur en général. Surtout ceux qui maîtrisent des frameworks tels que Angular, React, Laravel, Django ou, si on va côté Java, en fait il y a beaucoup encore de demande auprès de ces technos dans des ESN, dans des petites PME parce qu'ils ont déjà des logiciels existants ou des nouveaux produits qu'ils créeront pour les utilisateurs finaux. Donc il y a toujours un besoin constant, que ce soit pour des projets courts en freelance, pour des projets long terme aussi en freelance ou aussi pour des CDI, voire aussi pour des alternants qui sont des juniors qui découvrent le monde de l'entreprise, des ESN et des gros projets dev. De ce côté-là, on pourrait se dire "en fait tout va bien, le marché est plutôt sain, il engage toujours beaucoup".

Mais il y a, je trouve, un envers du décor dont je me suis déjà rendu compte à l'époque quand j'ai cherché ma première alternance, mais encore plus maintenant en tant que freelance. En fait, je remarque qu'il y a un léger ralentissement récemment. Les entreprises semblent un peu chercher la perle rare, le développeur un peu spécial. On voit souvent des annonces pour des postes qui semblent, on va dire, de niveau entrée de gamme pour des juniors, mais des postes auxquels on demanderait par exemple quatre ans et plus d'expérience sur des technos de niche. Ça peut compliquer un peu les choses parce qu'en fait, on voit ces postes où on demande quatre ou cinq ans d'expérience mais avec des salaires qui sont quasi des salaires qu'on proposait à des juniors jeunes diplômés qui sortiraient d'école. Si ces postes étaient dirigés vers des juniors, il n'y aurait pas eu de problème, mais vu qu'ils visent des seniors, ça crée une petite disparité. Le paradoxe, c'est que ces juniors qui sortent d'école se retrouvent donc à devoir combattre ou être face à des personnes seniors qui ont quatre ans d'expérience, qui veulent juste changer de boîte, changer d'horizon, mais qui se retrouvent à convoiter les mêmes postes. C'est comme si on voulait avoir l'expérience d'un senior mais en pouvant le payer comme un junior qui est en début de carrière.

Il y a aussi d'autres cas qu'on voit rarement mais qui sont aussi plutôt visibles, comme par exemple sur des technos un peu niche qui ne sont pas très utilisées en France dans l'écosystème ESN ou PME. C'est par exemple mon cas dans ma techno où je fais du Vue et du Nuxt. La plupart des développeurs à qui je suis en face sont des développeurs avec quatre ou cinq ans d'expérience. Donc moi, jeune freelance avec un ou deux ans d'expérience que j'ai pu acquérir grâce à l'alternance, je suis normalement moins avantagé qu'eux.

Après, il y a quand même des moyens de se différencier sur le marché même si on est jeune diplômé. Moi, par exemple, ce que j'ai trouvé, c'est que quand j'ai pris ma technologie Vue/Nuxt, j'ai vu qu'il y avait du potentiel et j'ai vu qu'il y avait une grosse migration entre Vue 2 et Vue 3, et Nuxt 2 et Nuxt 3. Donc personnellement, je me suis dit que j'allais beaucoup travailler à essayer de comprendre et créer des projets en Vue 2 que j'ai migrés sur Nuxt 3, et aussi créer beaucoup de nouveaux projets en Nuxt 3. Ça m'a permis au fur et à mesure du temps d'acquérir de l'expertise, d'aller à des conférences sur Nuxt, d'aller sur le Discord de l'équipe de Nuxt pour échanger. Grâce à ça, j'ai pu acquérir une expertise sur la techno Nuxt 3 qui me permet aujourd'hui de postuler sur des annonces où je suis en face de développeurs qui ont plus d'années d'expérience que moi dans la techno, mais par exemple qui n'ont pas autant d'expertise sur Nuxt 3 parce qu'ils ont fait du Nuxt 2 pendant quatre ans alors que moi j'ai fait quasi un an ou deux sur du Nuxt 3 ou sur de la migration. Donc sur ce côté-là, même en tant que jeune diplômé, on peut quand même jouer là-dessus pour pouvoir se rajouter des différenciateurs.

Pour résumer un peu, on peut dire qu'il y a des opportunités aujourd'hui, mais qu'il faut quand même plus redoubler d'efforts qu'auparavant pour sortir du lot. Même si le marché est un peu moyen en ce moment, je trouve que c'est plutôt pas mal parce que ça pousse au challenge, à se motiver et à prouver qu'on a beaucoup plus à apporter que ce que les gens pensent. Merci beaucoup pour l'invitation Matt et à bientôt.

Stéphane Trébel : L'importance de la valeur ajoutée

Stéphane Trébel : Bonjour tout le monde, je suis Stéphane Trébel. J'ai un peu plus d'une vingtaine d'années d'expérience dans l'IT en général. Est-ce que vous pensez que c'est toujours facile de trouver du taf en tant que dev ? Facile, je ne sais pas, mais je me demande si ça l'a déjà été. En fait, il faut se mettre en rapport de qu'est-ce que ça veut dire facile ou compliqué. Si vous voulez absolument un poste en particulier, une techno en particulier, forcément l'offre et la demande font que c'est plus compliqué.

Moi je pense, avec un petit peu de recul maintenant, que c'est en totale transformation, et ce depuis tout le temps. J'ai commencé à chercher au début de l'éclatement de la bulle internet, donc je pense pouvoir dire que tous les ans, on m'a dit que c'était la crise. Ça ne m'a pas empêché de trouver du boulot, d'enchaîner. C'est toujours un sujet. Dans des technos, des frameworks, des langages qui sont en constante évolution, l'aspect le plus important, c'est de prendre du recul par rapport à son profil. C'est clair qu'on ne va pas venir vous appeler du jour au lendemain pour vous donner un salaire qui serait dans le top 1 %. Ça a peut-être été valable pour quelques-uns qui ont eu de la chance, mais c'est clairement, avec la compétition globale, la mondialisation des talents, quelque chose qui a changé. On doit se remettre en question, on doit regarder un petit peu ce qui se passe et déterminer notre propre valeur ajoutée.

Cela dit, il y a quand même tout un tas d'entreprises qui sont avec des logiciels qui ont été développés sur les vingt dernières années, donc ils n'ont pas changé de stack tous les quatre matins. Tout ça, ça nécessite d'être maintenu, d'être entretenu, donc il y a des besoins. Bien évidemment, entre les années 2024-2025, il y a un sujet qui est sur toutes les lèvres, qui est l'IA. Mais ce sujet-là, en fait, on en a vu d'autres. Que ce soit Docker, Kubernetes, l'agilité, Java... ce sont de nouvelles technologies, ce sont des choses qui ont débarqué, qui ont bousculé, sur lesquelles ceux qui savent le plus s'adapter ont su justement tirer leur épingle du jeu. J'avais, à un moment donné, énormément de demande sur de l'AngularJS en 2015 et on est passé rapidement à énormément de demande sur du React. Voilà, maintenant est-ce que c'est possible de trouver du taf sur du VueJS ? Oui bien sûr, mais il reste que le leader du marché c'est React pour prendre cet exemple-là.

On en arrive au sujet d'aujourd'hui, on parle d'IA, est-ce qu'il faut totalement se soumettre à l'IA ? Est-ce qu'il faut s'inféoder aux différents outils qui sont vendus par ce que j'appelle couramment les "vendeurs de pelles" comme à l'époque de la ruée vers l'or du Far West ? Là aussi, reprenons un peu de recul, regardons un petit peu qu'est-ce que ça nous apporte, qu'est-ce que ça nous permet de développer comme skills, qu'est-ce que ça nous permet d'accélérer. Comme tout outil, il faut savoir s'en servir mais il faut avoir aussi un regard critique. Si vous ne savez plus faire que vous plugger sur un ChatGPT ou un Claude, les entreprises vont se poser la question de votre valeur ajoutée à vous dans le process.

Donc est-ce que c'est plus facile ou est-ce que c'est plus difficile ? Je ne saurais dire. Je pense que ça a toujours été un défi parce qu'on est une profession qui est très diverse avec, en face de nous, des clients qui sont eux-mêmes très divers. Je pense que c'est à chacun et chacune de continuellement se poser des questions : qu'est-ce que je fais, qu'est-ce que je veux faire, vers où je veux aller et en quoi ça peut aider mes potentiels clients. Écouter le marché, quelles sont les demandes, est-ce que ça m'intéresse... c'est ça qui rend l'opération intéressante. Merci beaucoup à vous pour cette opportunité et puis à la prochaine. Ciao.

Conclusion

Matthieu Segret : Hello, c'est de nouveau Matthieu. Merci encore pour vos messages. J'espère que vous avez eu autant de plaisir que moi à les écouter. Si vous avez aimé ce podcast, n'hésitez pas à liker ou à nous suivre sur Spotify ou Apple Podcasts. Nous construisons ce podcast avec vous, donc n'hésitez pas à nous proposer des idées pour les prochains sujets ou encore à participer aux prochains épisodes sur humancoders.com/podcast. D'ici là, prenez soin de vous et je vous dis à bientôt dans un prochain épisode !

Informations sur l'épisode
Date de publication
Saison
2
Épisode
11
Durée
35:52
Formateur·rice·s
Série
Human Coders Podcast