Passion du code VS santé mentale, partie 1 - RÉPONDEUR #8

Saison 2 • Épisode 17 36:55

“Vous êtes bien sur le répondeur de Human Coders”

Dans cet épisode du répondeur, différent·e·s développeur·se·s partagent sans filtre leurs astuces pour garder l’équilibre entre passion du code et vie perso, mais aussi leurs galères : horaires non négociables, side-projects qui s’emballent, syndrome de l’imposteur, burn-out…Comment trouver l’équilibre avec sa vie perso quand son métier est une passion ?

•• TIMECODES ••

00:00:00 Introduction
00:01:33 François Best
00:06:41 Angi Guidelli
00:12:43 Agnes Crepet
00:22:01 Eric Houzelle
00:27:12 Jean-Philippe Baconnais
00:31:19 Stéphane Trébel

•• NOS FORMATIONS ••

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•• GUESTS ••

Stéphane Trébel, Consultant technique chez WeScale
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François Best, Développeur Freelance et contributeur open source
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Angi Guyard, Ingénieure en développement, Yeeso leadeuse et organisatrice d'IT Women Talks
https://www.linkedin.com/in/angi-guyard/
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Agnes Crepet, Responsable de l'ingénierie logicielle chez Fairphone et co-Fondatrice de MiXit
http://fr.linkedin.com/in/agnescrepet

Eric Houzelle, Entrepreneur et Formateur en Intelligence Artificielle pour Human Coders
https://www.linkedin.com/in/eric-houzelle-9bb9ab18/
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Jean-Philippe Baconnais, Consultant Zenika et organisateur des Human Talks de Nantes
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https://twitter.com/JPhi_Baconnais
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•• RESSOURCES ••

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Sommaire de l'épisode
00:00:00 Introduction
00:01:33 François Best
00:06:41 Angi Guidelli
00:12:43 Agnes Crepet
00:22:01 Eric Houzelle
00:27:12 Jean-Philippe Baconnais
00:31:19 Stéphane Trébel
Transcription de l'épisode

Matthieu Segret : Bonjour à toutes et à tous ! Je suis Matthieu et vous êtes bien sur le répondeur de Human Coders. Je suis content d’être avec vous pour cette nouvelle édition de ce podcast où l’on va parler de techno, de pratiques de développement ou de sujets plus généraux, mais toujours en lien avec l’informatique.

Le concept de ce podcast est assez simple : dans chaque épisode, je vous pose une question et vous pouvez me répondre par vocal. Aujourd’hui, on va parler d’un sujet qui me tient particulièrement à cœur : l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle.

Personnellement, j’ai toujours eu du mal à trouver la bonne frontière entre mon métier et ma passion. Par exemple, quand je fais ma veille le matin en lisant un article, est-ce que c’est vraiment du boulot ? Quand je code un mini-projet pour en savoir plus sur Docker et Kubernetes, est-ce que là aussi c’est du boulot ? Et quand je participe à des meetups comme les Human Talks à Lyon, est-ce que c’est du boulot ? C’est encore plus flou quand je lance des projets persos : c’est souvent pour m’amuser, découvrir une techno ou répondre à un besoin personnel, mais parfois ces projets deviennent plus sérieux. Cela a été le cas, par exemple, pour l'IA générative : à la base, c’était un simple loisir et ça a pris progressivement une dimension professionnelle.

Alors aujourd’hui, je vous pose la question : comment arrivez-vous à garder l’équilibre entre votre vie personnelle et votre vie professionnelle ? Avez-vous mis en place des règles précises pour séparer boulot et loisirs ? Comment gérez-vous vos projets persos quand ils deviennent plus sérieux ? Avez-vous une anecdote ou des astuces que vous voudriez partager ? Laissez-moi un message après le bip.

L'organisation en freelance et en open source

François Best : Salut Matthieu, c’est François. Je suis développeur freelance et contributeur open source. Je travaille depuis mon bureau à la maison en full remote, donc forcément, ça impacte pas mal l’équilibre entre la vie perso et pro. C'est d'autant plus vrai quand je travaille avec des clients qui sont sur des fuseaux horaires lointains.

Par exemple, mon dernier client était aux États-Unis. Ils commencent leur journée quand nous finissons la nôtre. Le peu d’overlap qu’il y a entre les deux tombe généralement au moment où l’on doit passer du temps en famille, pour faire le repas du soir ou mettre les enfants au lit. En général, je dis à mes clients quand c’est le cas : c’est le moment de la famille, donc je reprendrai le taf un peu plus tard, quand tout le monde sera couché. Ça permet d’avoir bien cette dualité entre le moment de la famille et le moment du boulot. J'utilise aussi la plage horaire de 9h à 17h pour travailler tranquillement.

Quoi qu’il en soit, ce moment en famille est non négociable. On fait une pause, on arrête, et on reprend plus tard si besoin. Par contre, avoir le bureau à la maison est parfois compliqué pour les enfants qui sont assez jeunes. Ils ne comprennent pas forcément que papa est au bureau et qu'il ne faut pas le déranger. De la même façon, avoir le bureau juste à côté de leur chambre signifie que le soir, je ne peux pas faire trop de bruit pour un call par exemple.

Le freelance a aussi des avantages : je peux gérer mes horaires, aller chercher les enfants à l’école ou les poser le matin. Cette flexibilité permet de garantir une bonne séparation. Un autre avantage est que je fais des missions assez courtes, ce qui me permet de prendre des pauses entre deux contrats pour passer du temps à 100 % avec les enfants, typiquement l'été.

En tant que contributeur open source, l’équilibre est parfois difficile. L’open source ne dort jamais. Je développe une librairie pour React qui s'appelle Nuqs et le support est mondial. Les gens ouvrent des issues ou des pull requests sur des fuseaux horaires différents, y compris le week-end. On se lève le matin avec trois issues ouvertes pendant la nuit. Avoir de la réactivité est important pour que le projet avance, mais la gestion du temps est plus complexe. Mes moments de productivité sont souvent le soir quand la famille est couchée ou tôt le matin. Ça impacte un peu moins la vie perso, mais ça impacte mon sommeil. C’est le compromis à faire. C’est là où j’ai le plus de motivation et de passion dans mon métier.

Enfin, il y a la veille technique. On la fait souvent via les réseaux sociaux et c’est un gouffre de temps énorme. Ça va de plus en plus vite avec les modèles d’IA. J'essaie ensuite de repartager ces connaissances avec ma communauté locale, par exemple lors des Human Talks où je présente régulièrement à Grenoble.

Sortir de l'injonction de la passion

Angi Guidelli : Salut Matthieu, c’est Angi. Je suis développeuse depuis environ sept ans. Sur la question de l’équilibre vie pro et vie perso, j’ai eu un cheminement un peu chaotique. Je suis issue d’une reconversion, j'étais serveuse sans aucun diplôme auparavant. Je suis passée par l’école 42. Pour moi, c’était génial car c’est ouvert H24, 7j/7, on apprend en faisant et à son rythme. Je ne comptais pas mes heures tant que c’était de la formation et que je m’amusais.

Sauf que ça a conditionné ma manière de travailler après. J’ai été prise en stage puis en CDI dans une entreprise qui a profité de mon absence de diplôme pour appuyer sur mon syndrome de l’imposteur. Ils me faisaient comprendre que je n’étais pas assez compétente et que je devais travailler plus pour compenser, pour le même prix. Je faisais beaucoup d’heures supplémentaires et, le soir et le week-end, je me formais sur mes propres deniers pour essayer de compenser cette "incompétence technique" qu'on m'attribuait. Ça a forcément impacté ma santé.

J'ai ensuite commencé à faire des conférences. L’entreprise où j’étais estimait que ce n’était pas du travail, donc je créais tout sur mon temps libre et j'utilisais mon argent et mes congés pour y aller. Ça m'a menée au burn-out. Aujourd’hui, je suis chez Shodo et ils ont bien compris ces enjeux. On a un budget de 5 000 € par an pour se former comme on veut. Quand on crée une nouvelle conférence, on a 5 jours de congés offerts pour la réaliser, et le jour du talk est déstaffé.

La veille est essentielle pour s'améliorer et rester employable, et c'est un devoir de l'entreprise de nous former. C'est inscrit dans le code du travail. À côté de ça, je suis militante dans l’association Yeeso pour la féminisation de la tech. Ce sont des projets personnels car j’ai envie de m’y engager, mais j’essaie de bien les déconnecter de mon temps de travail. Pendant les vacances, je déconnecte totalement de la tech : je joue, je lis, je fais des choses sans rapport avec mon métier.

Il faut arrêter avec l'injonction de la passion. On n'est pas obligé d’avoir un side-project ou de coder sur son temps libre. C’est même plutôt déconseillé pour éviter le burn-out. On a le droit d’utiliser notre temps libre pour ne rien faire, se reposer ou profiter de sa famille.

L'équilibre dans les entreprises à impact

Agnes Crepet : Bonjour Matthieu, c’est Agnes. Je suis dans le domaine de l’ingénierie logicielle depuis plus de 20 ans. Je travaille pour Fairphone, qui fait des téléphones éthiques et durables, où je m'occupe du département logiciel.

Il y a eu un changement entre mon début de carrière et aujourd'hui. Au début, je travaillais dans des milieux très corporate, comme l'édition de logiciels bancaires. Ce n'était pas forcément ce qu'on appelle un "boulot à impact", donc je ne ramenais pas trop de travail à la maison. L'équilibre était plus simple.

Bizarrement, c’est devenu plus compliqué quand j'ai commencé des jobs qui alliaient ma passion, mes valeurs et le côté pro. Mes valeurs, c’est de ne pas avoir d’impact négatif sur le monde. La tech peut avoir des effets nocifs sur l’environnement et sur les gens qui fabriquent les composants. Quand j’ai rejoint Fairphone en 2018, j'avais cette envie de contribuer positivement. Le travers, c'est que la passion peut vous faire faire beaucoup d'heures sans les compter.

J'ai vu beaucoup de personnes faire des burn-outs dans les boîtes à impact ou les associations. On se dit que comme le projet nous tient à cœur, on ne compte plus son temps. J'ai vécu aux Pays-Bas pendant trois ans pour Fairphone. On avait moins de relations sociales au début, donc le piège était de rouvrir l'ordinateur le soir une fois les enfants couchés.

Aujourd'hui, j'ai plus d'expérience. Je n'ai pas une discipline de fer, mais je suis consciente que mon boulot actuel est un privilège. J'essaie de donner beaucoup de place à mes amis, à ma famille et au sport. Faire du sport m’aide énormément à me sentir mieux dans ma peau et à réguler le stress. Il faut faire attention à ne pas se brûler les ailes, même pour des projets passionnants, car on a besoin de durer sur le long terme.

Gérer l'entrepreneuriat et la vie de famille

Eric Houzelle : Hello Matthieu, c’est Eric. Je suis formateur en intelligence artificielle pour Human Coders et dirigeant de mon entreprise Hector. L'équilibre vie pro et vie perso est un sujet que je connais bien.

Quand j’ai lancé ma boîte, j’ai démissionné de mon ancien job et, dans le même temps, je me suis installé avec ma nouvelle compagne. Elle est aussi mon associée dans l'entreprise. Tout s'est fait en deux mois : création d’Hector, emménagement dans une nouvelle maison et gestion d'une famille recomposée avec chacun un enfant. Il a fallu trouver un équilibre qui n'est jamais vraiment acquis.

Comme on est associés et en couple, il n'y a pas forcément de séparation franche. On n'a pas de règle du type "à 18h on arrête de parler boulot". On peut en parler dans le lit ou devant la télé, mais on arrive à s'écouter. Si l'un des deux n'est pas prêt, on arrête. On a aussi chacun nos activités de freelance à côté.

Pour que tout s'emboîte, on synchronise nos calendriers. On sait quand on est deux, trois ou quatre à la maison. Le mercredi matin, par exemple, on ne travaille pas : on emmène les enfants à la piscine, on joue avec eux. C’est une journée pour eux. On ne se voit pas être performants dans nos activités professionnelles si on n'est pas bien personnellement dans notre vie privée. On se connaît depuis longtemps, on sait lire les signaux faibles chez l'autre. La communication est vraiment l'élément principal pour maintenir cet équilibre au feeling.

Astuces pour libérer la charge mentale

Jean-Philippe Baconnais : Salut Matthieu, c'est Jean-Philippe. Je suis consultant chez Zenika à Nantes et organisateur des Human Talks. Pour moi, l’équilibre est très important.

Professionnellement, j’ai plusieurs casquettes. Mais chez Zenika ou chez mon client, il est très rare que j’allume mon ordi en dehors des horaires classiques. Parfois, il y a des urgences ou je rattrape du temps le soir si j’ai dû m’absenter, mais c’est rare. Sur mon téléphone, j’ai toutes les applications de communication (Slack, Discord), mais j’ai configuré les notifications pour qu’elles soient coupées le soir et le week-end. C’est une fonction très pratique sur Android et iOS que je recommande vivement.

Côté communautaire, je suis assez actif. Pour moi, c’est du bénévolat, comme si j’étais dans une association de sport. Je fais ma veille, je lis des articles ou je regarde des vidéos tech sur mon temps perso par passion.

Mon astuce principale pour la charge mentale, c’est la gestion des idées. Quand je suis sur mon temps perso et que je pense à un truc du boulot, je ne veux pas que ça me trotte dans la tête tout le week-end. J’ai un projet GitLab dans lequel je gère toutes mes idées. J'ai un accès rapide qui me permet de m’envoyer un mail sur une boîte spécifique, ce qui me crée automatiquement une issue. Une fois que c’est envoyé, je n’y pense plus. Ça prend deux minutes et ça libère l'esprit pour profiter vraiment du moment présent sans stresser pour le lundi matin.

Segmentation et santé physique

Stéphane Trébel : Salut Matthieu, je suis Stéphane Trébel, plus connu sous le nom du "Permacodeur". J'ai 25 ans d'expérience et la question de l'équilibre est centrale pour moi, étant "quadri-papa". En plus de mon job de consultant, je fais des conférences, des podcasts et j'ai lancé mes chaînes Twitch et YouTube.

C'est très compliqué de tout gérer. J'ai le privilège d'avoir une femme compréhensive qui accepte de gérer la montre quand je ne suis pas là. Mais il faut constamment calibrer et rééquilibrer les choses pour que ce ne soit pas subi par la famille. Je voyage pas mal pour les conférences et les clients.

Ma règle est de ne pas se laisser submerger par la veille technologique ou les projets passion. Il faut cantonner cela dans des segments de temps définis. Il ne faut pas faire un "burn-out de la passion". Notre métier est passionnant, mais cela peut nous cramer.

Pour les réseaux sociaux, j'applique une méthode brutale : je ne les regarde jamais sur mon ordinateur de travail, je n'ai pas d'onglet ouvert. Je cantonne ça à mon téléphone. Je fais ma veille dans les moments "infractueux" : quand j'attends chez le médecin ou dans les transports.

Enfin, il y a l'aspect physique. Le sport est extrêmement important pour réguler les émotions et compenser la posture assise que l'on a toute la journée. C'est quelque chose qu'on doit intégrer dans son planning global. Il faut segmenter : il y a un temps pour le pro, un temps pour la veille, et un temps pour le perso (enfants, femme, sport). Respecter cette segmentation est vital sur la durée.

Matthieu Segret : Merci encore pour vos messages. J’espère que vous avez eu autant de plaisir que moi à les écouter. Vous avez été nombreuses et nombreux à participer. Nous allons donc faire une suite à cet épisode avec d’autres messages tout aussi variés et intéressants.

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Informations sur l'épisode
Date de publication
Saison
2
Épisode
17
Durée
36:55
Formateur·rice·s
Série
Human Coders Podcast