Passion du code VS santé mentale, partie 2 - RÉPONDEUR #9

Saison 2 • Épisode 19 23:51

“Vous êtes bien sur le répondeur de Human Coders”

Dans cet épisode du répondeur, différent·e·s développeur·se·s partagent sans filtre leurs astuces pour garder l’équilibre entre passion du code et vie perso, mais aussi leurs galères : horaires non négociables, side-projects qui s’emballent, syndrome de l’imposteur, burn-out… Vous avez été nombreux·euses à avoir participé, donc nous avons décidé de sortir l'épisode en 2 parties. Alors, comment trouver l’équilibre avec sa vie perso quand son métier est une passion ?

•• TIMECODES ••

00:00:00 Introduction
00:00:54 Julien Huang
00:04:46 Rodolphe Bréard
00:07:35 Matias Vara
00:10:13 Evan Boissonnot

NOS FORMATIONS ••
https://www.humancoders.com/formations

•• GUESTS ••

Julien Huang, Référent Frontend chez Leetchi et membre de l'équipe Core de Nuxt
https://www.linkedin.com/in/julien-huang/
https://x.com/julienhuang_dev?lang=fr
https://bsky.app/profile/julienhuang-dev.bsky.social

Rodolphe Bréard, Formateur sur la Sensibilisation RGPD et Cryptographie pour Human Coders, Consultant en technologies de l'information et Développeur
https://www.linkedin.com/in/rodolphe-br%C3%A9ard-52715460/?locale=fr_FR
https://www.linkedin.com/in/rodolphe-br%C3%A9ard-52715460/?locale=fr_FR

Matias Vara, Senior Software Engineer
https://www.linkedin.com/in/matias-vara/

Evan Boissonnot, Formateur IA et écosystème JS pour Human Coders
https://www.linkedin.com/in/evan-boissonnot-coach-pour-cto-et-devs/?originalSubdomain=fr
https://x.com/intent/user?screen_name=evanboissonnot

Sommaire de l'épisode
00:00:00 Introduction
00:00:54 Julien Huang
00:04:46 Rodolphe Bréard
00:07:35 Matias Vara
00:10:13 Evan BoissonnotNOS FORMATIONS
Transcription de l'épisode

Matthieu Segret : Bonjour à toutes et à tous, je suis Matthieu et vous êtes bien sur le répondeur des Human Coders. Je suis content d'être avec vous pour cette nouvelle édition de ce podcast où l'on va parler de techno, de pratiques de développement ou de sujets plus généraux, mais toujours en lien avec l'informatique.

Le concept de ce podcast est assez simple : dans chaque épisode, je vous pose une question et vous pouvez répondre par vocal. Nous sommes contents de voir que vous avez été nombreuses et nombreux à vouloir participer à notre dernier épisode sur l'équilibre entre la vie pro et perso en tant que dev. Nous avons reçu un grand nombre de messages, tous très variés et intéressants. Nous avons donc décidé de faire un deuxième épisode sur ce sujet. Je vous laisse donc la parole pour cette deuxième partie sur l'équilibre pro-perso en tant que dev. Vous êtes bien sur le répondeur des Human Coders, laisse-moi un message après le bip.

Julien Huang : Hello Matt, c'est Julien. Je suis actuellement référent frontend chez Leetchi et je suis aussi membre de l'équipe core de Nuxt. J'ai cru comprendre que tu voulais parler d'équilibre entre vie pro et vie perso. Ça tombe bien parce que les activités que tu as mentionnées (meetups, conférences, veille techno et projets perso), je les fais aussi.

De mon côté, je considère que la veille techno et les projets perso font pleinement partie de ma vie privée, même si c'est un peu plus compliqué pour les projets perso. En revanche, pour les meetups et les conférences, je mets ça plutôt côté pro. Aujourd'hui, en tant que référent frontend chez Leetchi, il peut m'arriver d'être envoyé à un meetup ou à une conférence dans un cadre professionnel. Là, c'est clairement du pro. Même quand ce n'est pas le cas, si je donne un talk, je me présente généralement comme développeur ou référent frontend de Leetchi. À ce moment-là, tu représentes quand même ton entreprise, même si tu es là pour du perso. Même sans talk, l'environnement d'un meetup ou d'une conférence reste très orienté professionnel. On parle plutôt boulot pendant le networking. C'est une zone un peu grise, mais pour moi, ça penche pas mal côté vie pro.

Pour la veille techno, c'est un peu plus simple. C'est un truc que la plupart des développeurs aiment faire, souvent par pure curiosité. Parfois, c'est carrément drivé par la hype autour des nouvelles technos. Ça peut être une bonne ou une mauvaise chose, mais ça t'aide à rester à jour.

Pour la partie projets perso, en général c'est personnel. Mais si ton projet commence à te rapporter de l'argent ou s'il te demande des responsabilités, là, ça peut déséquilibrer ton quotidien. Non seulement entre ta vie professionnelle et personnelle, mais aussi à l'intérieur même de ta vie perso. J'admets que je gère plutôt mal cet équilibre au sein de ma vie personnelle. La partie open source et projets perso peut prendre un peu trop le pas sur le reste. Pour la petite anecdote, il y a le fameux "dernier commit" avant d'aller se coucher. On se dit : "Allez, un petit fix, un petit commit, au prochain commit je suis quasi sûr que ça marche". Et ça marche ! Puis on regarde l'heure, il est 5h du matin, et tout ça pour reprendre le boulot à 8h30. J'ai fait ça une fois, je ne l'ai plus jamais refait. J'étais archi motivé pour finir une PR sur Nuxt pour une nouvelle feature, les Nuxt Islands, mais je n'étais pas frais du tout pour le boulot à 8h30.

Mon conseil pour tout le monde : trouvez un équilibre vie pro-vie perso qui vous convient, et gardez un équilibre à l'intérieur même de votre vie perso. Les projets perso, c'est génial, mais la priorité reste la santé. D'abord la santé mentale, parce que coder non-stop, ça épuise. Si tu bosses toute la journée et que tu continues le soir, ton cerveau a vraiment besoin de repos. Et deuxièmement, la santé physique. Rester assis toute la journée n'est vraiment pas bon pour le corps. Il y a quelques années, je ne faisais pas de sport et je restais assis toute la journée devant l'ordinateur, que ce soit pour l'open source, les jeux vidéo ou le piano. À un moment, j'ai eu pas mal de douleurs aux mollets et le médecin m'a prescrit du sport.

Réussir à séparer ses activités entre vie pro et vie perso, c'est bien, mais équilibrer chaque activité et prendre soin de soi, mentalement et physiquement, c'est mieux.

Rodolphe Bréard : Salut Matt, c'est Rodolphe, formateur cryptographie et RGPD chez Human Coders depuis peu. J'ai un parcours pro assez varié, ce qui m'a permis de voir plusieurs approches différentes de cet équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Il y a une citation d'un conférencier québécois qui me vient en tête et qui explique bien cette problématique : "Le temps n'est pas quelque chose que l'on a, mais quelque chose que l'on prend. Si tu attends d'avoir le temps, tu n'auras jamais le temps." Ça nous amène à définir nos priorités de vie afin de décider pour quoi nous allons prendre du temps et ce que nous allons laisser dans le backlog. Au final, c'est un peu comme de la gestion de projet, mais sans les tableaux et les indicateurs.

De mon côté, je fais ces choix dans deux catégories. La première est la question du temps de travail lui-même. Par exemple, lorsqu'on est cadre au forfait jours, ce qui est fréquent dans la tech, on doit décider nous-mêmes du temps que l'on accorde au travail, le plus souvent en fonction de notre charge. Le piège est de se dire qu'en consacrant beaucoup de temps au travail, on arrivera à tout accomplir. Je n'ai jamais vu personne y arriver. Ceux qui tentent me font penser aux Danaïdes, condamnées à remplir sans fin un tonneau troué. Ma philosophie est de consacrer au travail un temps équivalent à celui d'un salarié classique, et pas plus, sauf urgence ponctuelle. J'insiste sur "ponctuelle", car l'urgence permanente est un signe de mauvaise gestion qu'il faut régler à la racine plutôt qu'en tentant d'absorber la charge.

La seconde catégorie est la question des activités auxquelles on accorde notre temps personnel. Le danger, quand on est passionné par la tech, est d'y dédier un peu trop souvent son temps perso. On se retrouve à développer ou à faire de l'administration système aussi bien au travail qu'à la maison, ce qui floute la frontière entre vie pro et vie perso. Après avoir réalisé cela, je me suis mis à réduire la part de tech sur le temps perso. J'ai passé ma veille technologique sur le temps pro et j'ai drastiquement réduit le temps consacré à mes projets tech perso. Libérer ainsi du temps m'a permis de trouver de nouveaux loisirs. Celui qui a sans doute été le plus bénéfique pour moi est la cuisine. En plus d'apporter une certaine satisfaction personnelle, c'est très bon pour la santé et ça contribue à améliorer son confort de vie. Grâce à des amis, je me suis également mis à des activités qui me poussent à sortir de chez moi, comme la contribution à OpenStreetMap, notamment avec l'application StreetComplete, mais aussi le géocaching, qui est une sorte de chasse au trésor permanente dans le monde entier. J'avoue qu'OpenStreetMap reste un peu lié à la tech, mais c'est suffisamment différent de mon travail pour que la limite soit nette.

Matias Vara : Salut Matt, moi c'est Matias Vara. Je suis ingénieur électronicien de formation et j'ai fait un doctorat en informatique. Depuis tout petit, je me suis dédié au développement logiciel. Aujourd'hui, je travaille dans le développement de systèmes d'exploitation et dans la virtualisation. J'ai toujours eu du mal à séparer la vie professionnelle et la vie personnelle. Avec la pandémie, ça a été encore plus difficile. Avant, je travaillais dans des bureaux. Le travail restait au bureau et les projets perso à la maison. Il y avait une différence claire. Depuis que je travaille à 100 % de chez moi, l'endroit que j'utilise pour travailler est aussi celui que j'utilise pour mes projets perso. Je n'aime pas trop ça. Je préfère avoir une séparation claire.

J'aime utiliser différents endroits, par exemple un endroit pour le travail professionnel et un autre pour le travail personnel. J'aime aussi utiliser différents outils ou ordinateurs. J'ai l'impression que si j'utilise toujours la même chose au même endroit, je ne m'arrête jamais vraiment de travailler. J'aime aussi avoir des pauses pendant la journée, par exemple entre midi et deux heures pour déjeuner. Entre 16h et 17h, j'aime aller à la salle de sport. J'ai aussi un horaire où je ne travaille plus après 18h. À ce moment-là, j'éteins tout ce qui est lié au travail et je passe en mode hors ligne sans aucune notification jusqu'au lendemain. Je garde toutes les notifications professionnelles séparées et je n'en reçois aucune le week-end. J'utilise mes mails perso uniquement pour mes projets perso.

Je n'ai aucune application liée au travail sur mon téléphone, ni chat, ni mail. Je n'ai aucun réseau social partagé avec des gens du travail, simplement parce que je respecte la relation professionnelle. Enfin, je pense qu'un bon moyen de couper est de faire du sport ou d'avoir une activité intellectuelle. Ce que je fais ici à Grenoble, c'est aller courir en montagne ou participer à différents ateliers. C'est bien pour déconnecter.

Evan Boissonnot : Salut Matt, c'est Evan, coach professionnel, animateur formateur chez Human Coders, développeur, CTO et dirigeant de deux entreprises actuellement. L'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle est un sujet qui me touche beaucoup. Je suis passé d'un état où le travail était le sujet numéro un à un équilibre avec une organisation bien précise.

Il y a bien longtemps, bien avant l'ère du COVID, j'ai découvert le télétravail grâce à un dirigeant nommé Dimitri. J'étais le premier de la boîte à proposer et à faire du télétravail complet, à part une fois par mois où je venais voir l'équipe. C'est là que s'est posée la question de comment faire quand tu es chez toi et que tu codes. C'était très difficile au début de m'organiser, j'étais encore tout jeune. J'ai dû mettre en place des routines. C'est le premier point clé : la rigueur de la routine. Ça m'a permis d'éviter de passer trop de temps côté dev. À l'époque, je ne comptais pas les heures par passion. Je bossais tellement que, parfois, je ne voyais pas la journée passer et j'oubliais de manger. Mon équilibre perso était dur à trouver.

Heureusement, j'ai rencontré des collègues qui m'ont permis de sortir de ce cadre professionnel. Je me suis mis à la salsa. Ce sont les loisirs qui m'ont attiré, puis des amis qui me proposaient de sortir boire un coup plutôt que de voir du code. J'ai commencé à y prendre goût, même si le code me tenait encore pas mal au cerveau. Petit à petit, j'ai trouvé un équilibre avec ces routines où je sortais de mon travail en me fixant une heure maximale. Par exemple, c'était l'heure de mon cours de salsa ou d'une sortie avec des potes. Je me disais : "Là, tu ne travailleras pas", sauf urgence vitale.

Plus tard, j'ai eu mon entreprise et en même temps mon premier enfant. Ma fille m'a permis de prendre du recul. Avant qu'elle n'arrive, ma première entreprise m'avait demandé beaucoup d'investissement, avec quasiment deux boulots en une journée. Je retrouvais les travers du début car je voulais que l'entreprise avance. J'avais une conjointe très compréhensive qui m'a poussé et a cru en moi. Mais parfois, elle me disait aussi : "Evan, ce serait bien qu'on sorte faire notre cours de salsa ou se balader". Ça me permettait de sortir de mon addiction au code et à l'entreprise.

Les premières années de l'entreprise ont été intenses. J'avais mon enfant, je voulais passer du temps avec elle, mais aussi pour la boîte. J'y passais plus de temps que je ne l'aurais voulu car il y avait des salariés et je ne voulais pas que ça s'écroule. L'équilibre perso a été très dur à retrouver. À un moment donné, je suis parti au Japon. En revenant, je me suis rendu compte que les vacances, c'est quand même bien. Tout ça, plus mon enfant, m'a mis un coup au moral et je me suis dit : "Evan, stop. Tu vas t'organiser, amener de la rigueur et de la routine pour arrêter que l'entreprise soit ton premier temps."

Petit à petit, j'ai construit ces routines. J'avais celle d'emmener les enfants, celle du soir pour aller les récupérer. Ça m'a permis de reprendre du temps pour moi et ma famille. Un deuxième point pour garder cet équilibre est d'avoir une pièce à soi. Tant que le bureau était dans le salon ou la pièce principale, il était très tentant d'aller coder dès qu'on avait une idée. Le jour où j'ai mis une pièce dédiée à ça, ou même une petite protection qui montrait que c'était l'endroit où je travaillais, dès que je fermais cette zone, ça devenait la zone de loisirs et de vie. Mentalement, c'est une sorte de coupure, comme quand on quitte le bureau en présentiel.

J'ai aussi développé ce que j'appelle l'écologie temporelle. C'est se donner un rythme pour ne pas regarder les mails plus de X fois par jour ou par semaine. J'ai poussé le système jusqu'à essayer de ne le faire qu'une fois par jour. Aujourd'hui, j'y arrive à 80-90 %. Tous les midis, entre 12h et 14h, je regarde mes mails, et le reste de la journée, je ne les regarde pas. Ça me permet d'être consacré au reste du travail et de ne pas regarder les mails le soir.

Pour garder un équilibre, il faut aussi éviter toutes les distractions. C'est hyper difficile, mais c'est pour ça que je ne regarde mes notifications de mails qu'une fois par jour. Autrement, on est tenté dès que ça sonne ou que ça pinge. Entre Teams, Discord, Slack, etc., au bout d'un moment on ne bosse plus, on n'arrive plus à se concentrer. Sur mon téléphone, je n'ai aucune notification, à part pour les points urgents comme WhatsApp pour ma famille. Rien ne pop, ce qui m'évite d'avoir une concentration qui change.

Dans les 15 à 20 % où je n'y arrive pas, c'est souvent quand je suis en formation. Durant les exercices que je donne, je vais être tenté de regarder s'il n'y a pas un mail urgent. On n'est pas des robots. Mais la plupart du temps, cette rigueur devient une routine. Parfois, des gens m'appellent ou m'envoient un SMS pour me dire qu'ils m'ont envoyé un mail urgent. J'ai transformé le système : si on m'appelle, c'est que c'est une urgence. Ça m'évite de chercher la coupure. Le soir, après une certaine heure, je ne suis plus joignable. Il n'y a rien d'urgent à part des mises en prod d'entreprise où l'on a un contrat ensemble et où l'on s'engage.

C'est aussi important d'en parler autour de soi. Si on garde nos habitudes sans expliquer pourquoi, les gens peuvent mal le prendre. Il faut juste expliquer : "Voilà mes habitudes, voilà comment vous pouvez communiquer avec moi, respectons ce protocole". Il faut aussi accepter des souplesses avec certains clients. Globalement, ça fonctionne bien. Mon rythme est beaucoup plus sain qu'avant. Pour résumer :
1. Routine.
2. Routine physique (espace dédié).
3. Éviter les notifications.
4. Avoir des amis et la famille pour sortir du boulot.
5. Communiquer sur ses habitudes.

Matthieu Segret : Hello, c'est de nouveau Matthieu. Merci encore pour vos messages. J'espère que vous avez eu autant de plaisir que moi à les écouter. Si vous avez aimé ce podcast, n'hésitez pas à liker ou à nous suivre sur Spotify ou Apple Podcasts. Nous construisons ce podcast avec vous, donc n'hésitez pas à nous proposer des idées pour les prochains sujets ou encore à participer aux prochains épisodes sur humancoders.com/podcast. D'ici là, prenez soin de vous et je vous dis à bientôt dans un prochain épisode.

Informations sur l'épisode
Date de publication
Saison
2
Épisode
19
Durée
23:51
Série
Human Coders Podcast